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VIVRE ET MOURIR EN TEMPS DE GUERRE

   DE LA PRÉHISTOIRE À NOS JOURS :

   QUERCY ET RÉGIONS VOISINES 

 

59ème Congrès de la Fédération Historique de Midi-Pyrénées
s'est tenu à Cahors les 19, 20 et 21 juin 2009

Novembre 2013 : L'ouvrage est paru ! il est disponible en librairie à Cahors (35 €).
A la SEL le mardi de 14 à 17h (ou expédié franco 25 € + port 3€ (chèque à l'ordre de SEL).

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2 communications prévues ne figurent pas dans l'ouvrage: J.P. Escalettes, La mort à la bataille de Toulouse, et D. Gosse-Issart, La guerre d'Algérie.

CONGRÈS DE LA FÉDÉRATION HISTORIQUE DE MIDI-PYRÉNÉES

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 Ce 59ème Congrès s’est tenu à Cahors les 19, 20 et 21 juin 2009 sur un thème unique et original : “Vivre et mourir en temps de guerre : Quercy et régions voisines”.

  Autour de Jean-Pierre Amalric, président de la        Fédération, et de Bernadette Suau, Secrétaire  Générale, notre Société s’est très tôt mobilisée pour assurer le  meilleur accueil possible aux congressistes. La SEL savait pouvoir compter sur les soutiens de la Ville de Cahors qui avait bien voulu nous garantir la gratuité de l’Espace  des Congrès Clément-Marot et du Conseil Général du   Lot qui financera une partie des Actes.

  Le vendredi 19 juin le Congrès s’est donc ouvert     sous les meilleurs auspices avec 29 intervenants programmés sur les deux jours de communications en salle et une  centaine d’auditeurs inscrits. Nous n’avons eu à déplorer qu’une seule défection de dernière minute, largement compensée par la bonne volonté d’autres communicants  qui ont davantage développé leur propre intervention.

 Le Congrès a été ouvert par Monsieur Jean-Marc Vayssouze-Faure, Maire de Cahors que nous remercions pour sa présence et la qualité de son introduction.

 Jean-Pierre Amalric, pour la FHMP, et Patrice Foissac, pour la SEL, ont ensuite précisé les enjeux de la manifestation et quelques détails pratiques avant de céder la place  aux premiers intervenants.

 Le choix d’une progression chronologique, le nombre élevé d’intervenants et la réservation de la dernière journée à la traditionnelle sortie imposaient une organisation  stricte et le respect d’un temps de parole limité à 30 mn, questions incluses. Les ateliers devaient aborder quatre thèmes :

- « Grottes et forteresses »
- « Enjeux et rivalités stratégiques au Moyen Age »
- « Les guerres de la monarchie »
- « Guerres nationales »

Il avait été prévu, dans le respect des traditions, de prolonger la première journée par une visite des défenses médiévales de la ville de Cahors guidée par Nicolas Savy et, en fin de Congrès, de rendre hommage à la belle carrière de Pierre Laborie, en lui proposant d’assurer une conférence sur « Vie et mort des Français pendant la Seconde Guerre mondiale, historiographie, mémoire, variables régionales ». Enfin, la Municipalité devait offrir la non moins traditionnelle réception de bienvenue confiée à Me Geneviève Lagarde, première adjointe au maire.

Ce programme complet, s’étalant de la Préhistoire à la période contemporaine, a été assuré par des intervenants de grande qualité issus de toutes les disciplines et horizons de la recherche : historiens bien sûr mais aussi préhistoriens, archéologues, historiens de l’art, bibliothécaires et archivistes. Le seul regret des congressistes a été de devoir choisir le samedi matin entre deux ateliers, les contraintes horaires nous obligeant à mettre en concurrence partielle « Guerres de la monarchie » et une partie des « Guerres nationales ». Les organisateurs s’en voudraient beaucoup d’oublier un élément essentiel de tout congrès, la restauration. Le choix du comité s’est judicieusement porté sur M. David Blanco et son équipe de « Côté Sud » qui ont réussi à allier qualité de la nourriture, rapidité du service… et modicité des tarifs.

La sortie du dimanche devait compléter sur le terrain ce riche programme en proposant, le matin, la visite du site de bataille de la Fontaine de Loulié, sur les flancs de l’oppidum du Puy-d’Issolud, visite guidée par le plus compétent des guides, Jean-Pierre Girault, dont on attend avec impatience la publication d’une synthèse de ses recherches.
L’église et le château d’Assier étaient au programme de l’après-midi. Mme Marie-Rose Tricaud, autre sociétaire de la SEL, nous attendait sur place en compagnie de Pascale Thibaut, conservateur du château. L’érudition de Mme Tricaud qui a consacré sa thèse à l’oeuvre de Galiot de Genouillac à Assier nous a permis d’apprécier dans ses moindres détails l’originalité et la richesse de ces deux monuments. Le public et les organisateurs ont été unanimes à reconnaître la grande qualité des interventions et des visites, celle des débats qu’elles ont suscités et la richesse des échanges. Il reste à regretter que l’assistance n’ait pas été encore plus nombreuse : le Congrès méritait
sûrement mieux qu’une centaine de présents. Mais à l’heure du bilan nous n’avons finalement aucun regret et aucun doute sur le succès de la diffusion des Actes à paraître. D’ores et déjà plusieurs propositions d’édition sont à l’étude. Nous formons le voeu que la publication dans notre BSEL des résumés de communications incite l’ensemble des sociétaires à soutenir cette parution dont nous ne manquerons pas de vous tenir informés.

Patrice FOISSAC

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SÉANCE D’OUVERTURE DU CONGRÈS

Fabienne Chabert, Les sources et ressources de l’histoire militaire du département du Lot (XIXe-XXe siècles). 
Au cours des deux derniers siècles (XIXe et XXe siècle), à plusieurs reprises, la France est entrée en guerre avec ses voisins : guerres napoléoniennes, guerre de 1870, guerre de 1914-1918, guerre de 1939-1945, guerre d’Indochine, guerre d’Algérie.
Certes, le département du Lot n’a pas été, à proprement parler, un territoire de guerre. Cependant les grands conflits de cette période ont eu des répercutions sur la vie civile et la population du département.
Parmi les sources des conflits militaires, certaines sont conservées à un niveau local aux Archives départementales.
Ce sont ces sources qui vont être l’objet de mon propos. Les Archives départementales du Lot travaillent actuellement au classement et à l’identification des principales archives militaires concernant la période de 1800 à 1940 et conservées dans la série R. Actuellement, elles ne sont pas encore consultables ; cependant nous allons tenter d’en donner une description et surtout de montrer leur intérêt pour le chercheur.


GROTTES ET FORTERESSES 

Jean-Philippe Du Fayet de La Tour, Grotte de Foissac, une fin d’occupation brutale.
Présentation de la cavité, historique des découvertes et des campagnes de rechercheDescriptif des activités chalcolithiques dans la zone d’entrée de la grotte :
- Extractions d’argile, stockage et aménagements
- Destruction de ces aménagements (incendie et indices deconflit)
- L’activité funéraire dans la zone d’entrée.
La grotte préhistorique de Foissac (Aveyron), découverte en 1959 et explorée par les spéléologues locaux, fut l’objet d’une ouverture au public en 1973.
La grotte est classée parmi les Monuments historiques.
De multiples vestiges, étudiés et laissés in situ, permettent au public d’appréhender la vie courante de nos proches ancêtres du chalcolithique.
Dans cette présentation, nous tenterons de prouver un arrêt possible brutal de l’activité, peut-être dû à un conflit, théorie chère à notre ami François Rouzaud, aujourd’hui disparu, qui fut en charge de la recherche sur le site.


Dominique Allios, La guerre pendant le haut Moyen Âge : des grottes aux forteresses.
À partir de recherches que nous avons effectuées dans les régions Midi-Pyrénées et Auvergne, une constante est apparue pour les systèmes défensifs du VIIIe au XIe s. : les habitats troglodytiques qui servent d’abord de refuge temporaire, puis leur évolution pour en faire de véritables sites castraux. Pour l’architecture maçonnée, le site de Bruniquel constitue une référence qui a été étayée par de nombreuses comparaisons dépassant le cadre régional. Il en résulte une évolution générale des structures militaires qui, malgré des aspects particuliers régionaux, s’inscrit dans un vaste mouvement conduisant vers la féodalité. Sans toutefois reléguer l’architecture de terre et de bois, il est important de souligner la diversité des modes de constructions et surtout leur comtemporanéité, offrant un panorama plus complexe.
Cette communication s’appuiera sur les fouilles des châteaux de Bruniquel (Tarn-et-Garonne), de Murol et des grottes et des sites castraux de Couze-Chambon (Puy-de-Dôme), Castelnau-Peygarol (Aveyron) etc., puis sera élargie à des comparaisons nationales et internationales (Italie, Espagne).

Didier Rigal et Jean-Luc Boudartchouk, Sites quercynois à vocation défensive, du Bas Empire au haut Moyen Âge : état des connaissances.
À l’instar de l’Auvergne et du Rouergue, le Quercy recèle un nombre significatif de sites ruraux à vocation défensive occupés entre la fin du IVe et le IXe siècle.
Il s’agit d’anciens éperons barrés, mais aussi de sites perchés naturellement défendus, voire de grottes d’accès malaisés. Le mobilier archéologique qui y a été mis au jour permet de poser quelques jalons chronologiques, que l’on peut croiser avec les rares sources textuelles disponibles.

ENJEUX ET RIVALITÉS STRATÉGIQUES

Didier Panfili, Une phase de la Grande Guerre méridionale : Bas-Quercy et Haut-Toulousain dans la tourmente (1142-1177).
La reprise des opérations militaires de 1142 à 1177 dans cette phase de la Grande Guerre méridionale opposant le comte de Toulouse à de nombreux rivaux se traduit en Bas-Quercy et Haut-Toulousain par des mutations profondes affectant tous les domaines. La volonté du comte de reprendre pied dans une région qu’il contrôle peu provoque une radicalité des conflits. Certains aristocrates, entrés au monastère, reprennent leur liberté pour combattre aux côtés de leur seigneur. Dès 1142, ce conflit
rovoque par ailleurs des scissions au sein de familles dont les branches se tournent vers l’un ou l’autre clan de belligérants : ainsi en est-il des vicomtes de Saint-Antonin/Lautrec ou encore des Villemur. En 1177, dans une guerre éclair, le comte met fin à la charge de vicomte de Toulousain, en raison de la neutralité suspecte des Bruniquel porteurs du titre depuis 961. Mais il supprime aussi la charge de vicarius de Moissac, détenu par les Siquier depuis un siècle, en raison des alliances matrimoniales les plaçant du côté des ennemis, puis récupère celle de defensor de la même abbaye. À ce contrôle des charges, s’ajoute celui de l’espace : ce ne sont pas moins de 24 castra et villes neuves que le comte a acquis, conquis et surtout construits entre Cahors et Toulouse. Mais la guerre a un coût : aux blessés et morts s’ajoutent des dérèglements financiers entre 1170 et 1175 provoquant une crise économique et sociale importante.

Annie Charnay, Solidarité dans la défense et victoire dans l’offensive : Gourdon-en-Quercy pendant la guerre de Cent ans.
Grâce à la valeur stratégique de son site, à la protection de ses murailles et de son château, Gourdon, ville située à la frontière des domaines des Valois et des Plantagenêts, a joué un rôle important dans la défense du Quercy pendant la guerre de Cent ans. Les délibérations et comptes tenus par les consuls entre 1329 et 1386 témoignent de la participation financière et humaine à la défense organisée par le roi, des relations avec les villes voisines pour l’échange d’informations et la prise de décisions militaires, de l’amélioration des fortifications et du progrès de l’art militaire avec l’acquisition de pièces d’artillerie. La lecture des registres de délibérations et de comptes révèle la solidarité, pour la défense des habitants, entre seigneurs et consuls, et dans la population, entre classes sociales opposées. La défense et l’offensive se mesurent dans l’énumération chronologique fournie par ces registres. La grande pauvreté et le grand mal dont souffre Gourdon ne sont décrits qu’en termes comptables. La mort est aussi estimée en livres, sous et deniers : un drap d’or et une veillée funèbre aux chandelles pour Gisbert de Thémines, sept aunes de toile vermeille pour les suaires des neuf Anglais pendus à Gourdon. La vie est comptée en argent pour les messagers, en pain et en vin pour les sergents en armes rentrant pour souper, en viande pour le seigneur, en avoine pour les chevaux et en niches pour les chiens de garde entre la palissade et le mur autour de la ville protectrice.

Nicolas Savy, Vivre avec l'ennemi. Les communautés quercynoises face aux compagnies anglo-gasconnes (1355-1390).
La guerre de Cent ans en Quercy fut surtout le fait, côté anglais,de bandes armées qui s’installèrent un peu partout dans le pays et harcelèrent villes et bourgs de façon continuelle. La guerre que les capitaines anglo-gascons menèrent fut tout autant militaire qu’économique, attaquant ici un village mal défendu, forçant là une communauté à payer de fortes sommes pour prix de sa tranquillité. Toutefois, au-delà des faits ponctuels, il faut retenir la permanence de leur présence : certains points forts furent occupés jusqu’à huit, dix ou quinze ans sans discontinuité. Les documents que nous ont laissés les consulats quercinois, entre comptabilités et délibérations, permettent d’appréhender, parfois de façon assez précise, la façon dont les communautés vécurent cette cohabitation imposée par la guerre.
À côté des opérations militaires, qui au fil des années s’apparentèrent de plus en plus à du brigandage organisé, le paiement continu des traités normalisa quelque peu les relations entre les dirigeants des communautés quercinoises et les chefs anglo-gascons. Il en fut de même au niveau des particuliers : les routiers, ayant des besoins qu’ils ne pouvaient pas uniquement satisfaire par le pillage ou la rançon, firent appel à l’offre locale pour les satisfaire. De nouveaux circuits économiques se créèrent
et modifièrent considérablement les flux préexistants.
Ainsi, dépassant la violence guerrière mais ne l’éteignant pas, les contacts qui se nouèrent sur les plans diplomatique, économique et individuel firent de chaque garnison anglo-gasconne un acteur à part entière de la vie politique et socio-économique locale.

Guilhem Ferrand, Démographie et défense en Rouergue pendant la guerre de Cent ans : la contrainte du nombre.
Vivre et mourir en temps de guerre, au sens littéral des termes,c’est d’abord, simplement, vivre et mourir. En Rouergue, au cours de la guerre de Cent ans, le jeu naturel des naissances et des décès, avivé par moments par telle ou telle épidémie de peste, a imposé, bien plus qu’il n’y paraît de prime abord, une contrainte parfois lourde dans la gestion du conflit, de la défense du territoire et des populations. Les communautés comme les autorités ont dû prendre en compte, à plusieurs niveaux, l’importance du nombre des individus dans le choix de certains dispositifs mis en oeuvre, défensifs pour l’essentiel. C’est un facteur qui permet de comprendre la teneur de certaines logiques adoptées, en particulier les conflits qui opposent certaines communautés entre elles à propos du service de guet. Par ailleurs, dans une perspective défensive, que peut et que doit faire le comte de Rodez, par exemple, quand la plupart des villages de son territoire sont provisoirement dépeuplés et que leurs habitants ne peuvent
assurer un minimum de protection ? Dans cette même optique, la population et le seigneur qui choisissent un système défensif doivent-ils tenir compte du nombre de ceux qu’il faut protéger ? La vraie question, sous-jacente, sur laquelle la démographie oblige à mettre l’accent, c’est celle de savoir ce que l’on protège vraiment et comment on s’y prend.

Anaïs Comet, Les forts villageois dans l’ouest du Lot à la fin du Moyen Âge, une forme particulière de mise en défense.
Pendant et au lendemain de la guerre de Cent ans, les populations rurales et villageoises ont cherché à protéger leurs familles et leurs biens dans des forts villageois. Ce terme regroupe toutes les fortifications qui ont pu servir de refuge temporaire à ces populations. La recherche sur les forts villageois est novatrice en Midi-Pyrénées et plus particulièrement en Quercy. Mes travaux s’inscrivent dans le « Projet Collectif de Recherches » mis en place en 2008 par des enseignants de l’Université Toulouse II-Le Mirail notamment. Une communication sur les forts villageois lors du congrès « Vivre et mourir en temps de guerre » pourrait apporter un complément intéressant à la communication de Nicolas Savy, en étudiant une mise en défense particulière jusque-là peu représentée dans l’historiographie quercinoise.
Il s’agira donc de faire un point historiographique et un bilan des recherches sur les forts villageois en Quercy. La présentation sur l’état de la recherche s’appuiera pour beaucoup sur mon mémoire de master 1 (A. Comet, Les fortifications villageoises de l’ouest du Lot à la fin du Moyen Âge. Premières étapes d’une enquête, mémoire de master 1 d’Études médiévales sous la direction de Jean-Loup Abbé, juin 2008) et permettra d’introduire les deux grands types de forts villageois repérés dans l’ouest du Lot: les réduits dans une agglomération et les réduits près de repaires isolés. Il s’agira ensuite de présenter ces différentes sortes de réduits fortifiés, avec leurs caractéristiques communes et leurs spécificités, à partir de quatre études de cas réalisées dans le cadre des deux années du master. Pour les réduits dans une agglomération, j’étudie cette année les sites de Bagat et de Saint-Chamarand. pour les réduits près de repaires isolés, l’étude s’appuiera sur les sites de Lavalette (Le Boulvé) et Ramps (Sainte-
Alauzie).

Emmanuel Moureau, Ratier de Belfort, capitaine quercynois durant la guerre de Cent an (vers1342-vers 1392)..
Ratier de Belfort est issu d’un ancien lignage du Quercy blanc, implanté entre Montpezat, Belfort, Labastide-de-Penne et Montauban. Un dépouillement des archives municipales de cette ville, associé aux livres de comptes de Barthélemy Bonis, a permis de retracer la vie de ce seigneur quercinois. Jeune chevalier, il participe à des joutes organisées à Montauban pour la venue du duc de Normandie, futur roi Jean II. Sa carrière de chef de guerre se poursuit durant les années 1350 à 1392 environ. Ratier de Belfort est tour à tour partisan du Prince Noir, officier du roi d’Angleterre pour Cahors et sa région, puis, rallié au parti français, gouverneur de Nègrepelisse. Ses liens familiaux avec le prieur mage de la cathédrale de Montauban le désigne pour négocier la reddition de cette ville au roi de France. Nommé gouverneur de Montauban, Ratier de Belfort se fait remarquer durant dix longues années pour sa fermeté et son attitude de soudard.

Jean-Pierre Suau, Un vitrail quercynois du début de la guerre de Cent ans : la verrière christologique de l'ancienne église conventuelle des Junies (vers 1355). Étude iconographique.
Le vitrail de l’ Enfance et de la Passion du Christ de l’ancienne église conventuelle Sainte-Marie-Madeleine des Junies (Lot, canton de Catus), sans doute réalisé dans les années 1355-1360 et donc au début de la guerre de Cent ans, est un des derniers grands exemples, avec Caylus (Tarn-et-Garonne, vers 1370), du vitrail légendaire à médaillons, si en faveur dans le Midi de la France depuis la fin du XIIIe siècle.
Situé dans l’axe de l’édifice, à la place d’honneur, ce vitrail est aussi le seul à conserver, dans ces régions méridionales, les portraits des donateurs agenouillés au bas de la verrière. Le fondateur Gaucelme de Jean, originaire des Junies (La Johannie qui donna son nom à sa famille et au village) est représenté agenouillé au bas de la verrière, offrant la maquette de son église.
Ce riche prélat, pourvu de nombreux bénéfices et canonicats et bien en Cour à Avignon, fut cardinal de 1316 à sa mort, survenue dans cette ville le 3 août 1348. En cette période charnière, si troublée par la peste, la guerre et le brigandage, la construction de l’église des Junies avait pris du retard : n’étant pas terminée, son corps fut enterré aux Jacobins d’Avignon. C’est aussi dans ce couvent dominicain que sera enseveli son neveu et exécuteur testamentaire également figuré sur le vitrail, Gisbert de Jean,
évêque de Carcassonne en 1347 et mort en 1354. La présence d’un autre neveu du cardinal, le chevalier Philippe de Jean, seigneur des Junies et de Salviac, mort en 1355, est aussi un précieux point de repère chronologique : lui aussi ne sera pas enterré aux Junies (église non achevée et insécurité), mais chez les Dominicains de Cahors. Les de Jean avaient donc une spiritualité inspirée par l’ordre des Dominicains, aussi n’est-il pas étonnant de trouver aux Junies une fondation conventuelle pour
des religieuses dominicaines.
Le reste du vitrail conserve un cycle « court », avec dans les parties inférieures cinq scènes de l’ Enfance du Christ, pour six médaillons ( Adoration des mages dédoublée) répartis sur deux registres dans cette fenêtre à trois lancettes, et dans le haut seulement trois scènes pour le cycle pascal et résumer la Passion du Christ. L’étude iconographique de ces scènes permettra d’observer des détails nouveaux en ce milieu du XIVe siècle : non seulement de tendresse, caractéristique de cette époque et si bien adaptée pour un couvent de femmes (Vierge allaitante de la Nativité ou Vierge élégante de l’ Adoration des mages), mais aussi de violence (aspect caricatural et sadique des bourreaux de la Flagellation du Christ), et de réalisme inspiré par le spectacle religieux (salut du vieux roi mage ; Jésus prenant une piécette dans le ciboire du mage ouRésurrection corporelle du Christ sortant de son tombeau).

LES GUERRES DE LA MONARCHIE

Ghislain Tranié, Mort contre vie en Quercy durant les guerres de Religion : l’exemple du sac de Caylus.
Le sac de Caylus, en août 1562, est un épisode dramatique des guerres de Religion dans le Quercy. Un déferlement de violence ébranle la cité et ses habitants. La violence qui se dévoile semble alors une guerre civile mue par l’existence d’une zone de confins entre Caylus et Saint-Antonin, Quercy et Rouergue, matérialisée par des constructions identitaires antagonistes. Cependant cette séquence, par ses modalités, peut être rattachée à une conflictualité plus large dans le temps et l’espace, qui voit le déchaînement d’un exclusivisme visant à détruire le mal et à établir un prêche, par l’éradication de l’iconolâtrie qui se lit dans la géographie sacrée de la cité caylusienne.
Cet épisode est connu grâce à un témoignage de 1613, au moment de la reconquête catholique. Le récit frappe à la fois par la précision du propos, la relation dramatique d’un corps à corps entre mort et vie, l’attention portée aux rites et aux signes de violence.
Vivre et mourir, c’est alors faire l’expérience de violences multiples dans leur objet, leur représentation, leur ritualisation. Il s’agit donc d’appréhender les tensions d’une violence totalisante entre guerre civile, conflictualité propre à l’indétermination des confins, et volonté protestante d’éradication.

René Souriac, 
Le Quercy, les révoltes populaires au XVIIe siècle, leur historiographie.

C’est par l’étude de la révolte des paysans du Quercy que débute le livre de Boris Porchnev, Les soulèvements populaires en France de 1624 à 1648. Cet ouvrage, rédigé par un historien soviétique convaincu de la qualité analytique en histoire de la méthode marxiste fondée sur le schéma de la lutte des classes, parut en Union soviétique en 1948 ; il fallut en attendre la traduction française jusqu’en 1963 (publié par le SEVPEN). L’étude de Boris Porchnev constitue une date importante dans l’histoire des
mouvements populaires. Elle révélait un pan d’histoire pratiquement ignoré jusque-là et qui ne manquait pourtant ni de profondeur sociologique, ni d’extension géographique dans cette France du XVIIe siècle où s’établit dans toute son envergure ce que nous appelons la monarchie absolue. Une querelle historiographique s’en suivit, en particulier entre Boris Porchnev et Roland Mousnier. Elle fut féconde malgré des excès, car elle a permis de poser des problèmes de régulation sociale, de culture politique des humbles en particulier, et de montrer quelques-unes des conditions dans lesquelles l’absolutisme louis-quatorzien s’est imposé.
La communication visera à préciser, à partir d’une présentation rapide des révoltes en Quercy et dans le Sud-Ouest environnant, les modalités d’interprétation qui peuvent s’appliquer quand on veut essayer de comprendre ce pan important de l’histoire sociale de nos anciens pays.

Guy Astoul, La ville de Moissac confrontée aux déplacements des troupes pendant la Fronde, en 1652.
En mai 1652, Moissac est prise dans l’engrenage des guerres de la Fronde, entre les partisans de Condé et ceux de Mazarin qui est abbé commendataire de l’abbaye Saint-Pierre, de 1644 à 1661. Au cours de l’été 1652, la ville de Moissac est occupée par le maréchal de Saint-Luc, un gouverneur du roi proche du parti de Mazarin.
Cette occupation entraîne son cortège de malheurs dans les campagnes moissagaises. Les récoltes sont confisquées pour nourrir les troupes ; les paysans ne peuvent pas travailler leurs terres ; la misère touche le peuple et très nombreux sont ceux qui meurent de faim ou sont menacés par la peste que les troupes propagent à travers le Quercy, la Guyenne et le Midi toulousain. La ville de Moissac échappe à l’épidémie, sans doute grâce aux mesures draconiennes que les consuls imposent : nettoyage des rues, évacuation des animaux hors les murs, ouverture d’une seule porte. L’occupation de la ville par les troupes royales est très coûteuse. Les habitants doivent fournir de la nourriture et tout le matériel nécessaire aux troupes : 4 000 pains, des bateaux, des bateliers pour aller à Marmande. En outre, les contribuables doivent payer 25 000 livres de taxes, une somme énorme qui est répartie entre tous les plus imposés de la ville.

Jean-Pierre Amalric, Galiot de Genouillac : un serviteur de la monarchie au temps des guerres d’Italie.
L’exceptionnelle longévité de Jacques Galiot de Genouillac (1465-1546) a permis à cet héritier d’un bon lignage quercinois d’accomplir une carrière tout aussi exceptionnelle au service de la monarchie que de la Renaissance. Le métier des armes qu’il a embrassé le conduit à exercer une charge stratégique, celle de maître de l’artillerie de France, à une époque qui voit s’affirmer le rôle prépondérant de cette arme, en particulier dans la guerre de sièges. Sa réussite dans ce domaine suppose qu’il ait su en conjuguer les stades successifs et les contraintes techniques : conception, fabrication, logistique, transport, mise à feu… Elle fait de lui un type nouveau de guerrier technicien, qui se différencie du chevalier « sans peur et sans reproche » incarné par son compagnon Bayard. Après avoir servi Charles VIII et Louis XII, devenu homme de confiance de François Ier, il a simultanément rempli des missions administratives et politiques de premier plan, dans une fidélité inébranlable à la couronne. Sa présence dans les campagnes d’Italie a imprégné ce militaire d’une culture nourrie des modèles de la Renaissance, qui s’est traduite dans ses grandes réalisations architecturales, édifiées au service de sa gloire, en particulier l’église et le château d’Assier. Une longue et brillante carrière militaire aurait-elle ainsi favorisé la « civilisation » de ce représentant exemplaire de la noblesse provinciale, à la charnière du Moyen Âge et des Temps modernes ?

Étienne Baux, Insoumis et déserteurs en Quercy sous le Premier Empire.
Au pays de Murat et de Bessières, exemples emblématiques de la réussite militaire en Quercy, il ne semble pas que l’obéissance aux lois sur le recrutement ait caractérisé les jeunes Lotois soumis à la loi Jourdan-Delbrel (19 fructidor an VI) qui institua la conscription par classes d’âge, de 20 à 25 ans, en lieu et place de la réquisition jusque-là en vigueur.
Bien plus, on est « loin de cet accord intime de l’armée et de la nation » que le discours officiel a voulu célébrer.
Le département du Lot a vu nombre d’insoumis et de déserteurs refuser le service. Les états des levées ordinaires et extraordinaires issus des Archives du Lot permettent d’en préciser le nombre et ses variations de 1806 à 1810. Dans ce département rural on tentera d’en déterminer les causes, d’en décrire les formes.
Quelle fut la réaction des autorités chargées de la répression face à la désobéissance militaire ? Parvinrent-elles à en limiter les effets malgré la complicité des familles voire des pouvoirs locaux ?
La société civile lotoise a été bouleversée par ce phénomène de l’insoumission : désordres, brutalités, discordes mais aussi appauvrissement et rejet de l’État moderne.

Jean-Paul Escalettes, La mort militaire à la bataille de Toulouse, 10 avril 1814, d’après les sources locales.
États de quinzaine et état civil, deux points de vue sur la mort militaire : le cas de Toulouse. Pour cette bataille, nous possédons, aux Archives départementales de la Haute-Garonne et aux Archives municipales de Toulouse, les sources des deux autorités, ce qui met en évidence la différence de concept. Les tableaux statistiques, une fois établis, leur comparaison avec les sources gersoises montre l’impact des combats. Exceptionnellement, nous disposons du texte donnant la perception de la mort par un officier britannique bien avant la publication de mémoires ; au passage nous évoquons le problème des « mémoires » de militaires au XIXe siècle.

GUERRES NATIONALES

Jean-Pierre Baux, Le monument figeacois aux morts de la guerre de 70-71 : rappel de pertes effroyables mais aussi témoignage de l’évolution des mentalités et préfiguration de l’union sacrée.
Si la guerre de 1870-71 a épargné le Quercy, ses hommes ont payé un lourd tribut aux batailles menées par l’armée française : impériale d’abord, républicaine ensuite sous l’impulsion de Gambetta. Le monument aux morts de Figeac en témoigne.
Érigé en 1907, 36 ans après la fin de cette guerre funeste engagée à la légère, il illustre de façon réaliste l’âpreté des combats, auxquels les jeunes quercinois ont participé, et l’évolution des mentalités en moins de quarante ans sous l’influence de la scolarisation et du service militaire développés par la Troisième République. C’est ainsi que, si le capitaine Anglade, officier figeacois héros de la bataille de Woerth, est représenté dans une posture très noble, il n’est pas le seul à l’honneur comme c’était
généralement le cas auparavant, puisque de simples sous-officiers et soldats bien identifiés sont à ses côtés et notamment un tirailleur algérien. De même, grande nouveauté, les noms des morts pour la France sont gravés, par ordre alphabétique et sans distinction de grade, sur des plaques de marbre apposées sur le piédestal du monument. Le lourd tribut payé par l’arrondissement de Figeac apparaît alors dans sa cruelle ampleur.
L’inauguration du monument qui intervient après les alertes marocaines est l’occasion de manifester l’union nationale autour d’une armée déchirée par l’affaire des fiches et le drame Dreyfus. Cette unanimité préfigure l’union sacrée sept ans plus tard.

Marie Llosa, Mourir durant la Grande Guerre : étude du recensement des Lotois morts pour la France (1914-1919).
En l’absence de livres d’or édités après la guerre, les pertes humaines lotoises pour la Grande Guerre ont été évaluées à 6 500 décès. Un recensement, effectué en 2008 à partir des noms inscrits sur les monuments commémoratifs, croisé à la base du ministère de la Défense « Mémoire des hommes », fait apparaître un nombre approchant les 8 000 hommes. Cette liste permet d’établir une étude démographique et historique de ces Quercinois Morts pour la France. Qui sont ces soldats ? À quels régiments
appartenaient-ils ? Quelles années et quelles batailles ont été les plus meurtrières ? Quelle est la part de soldats ayant perdu la vie sur le front d’Orient, mais aussi en mer lors des combats livrés lors de la guerre sous-marine ?
Nous essaierons aussi de mettre en évidence les différentes tranches d’âges touchées par la guerre, les communes les plus affectées par ces pertes démographiques. De plus, un constat fait apparaître que certains combattants sont décédés en Quercy, dans des hôpitaux temporaires ouverts pour la durée de la guerre, ou à leur domicile des suites de leurs blessures.
L’étude de ces statistiques a pour objectif d’une part de donner des chiffres sur des bases réelles mais aussi de montrer le détail des décès imputables à ce conflit.

Sophie Villes, 1914-1918 : le Lot, un département rural dans la guerre.
L’économie rurale du département présente à la veille de 1914 un aspect archaïque dont les caractéristiques, n’ayant guère évolué en un demi-siècle, ont figé le paysage agricole aux débuts de la Troisième République.
C’est donc sur une société très fragile que s’abat ce cataclysme qu’est la Première Guerre mondiale. Quelles ont été les capacités de résistance, d’adaptation de cette économie rurale à la fragile stabilité entre 1914 et 1918 ? A-t-on assisté à la naissance de dynamiques nouvelles ?
Durant la guerre, les campagnes souffrent du manque de main d’oeuvre, doivent se plier aux réquisitions de l’intendance pour lesarmées, orienter la production locale vers certaines cultures pour nourrir le front… L’ensemble de ces obligations pèse lourdement sur les agriculteurs, qui ont le sentiment que l’on sacrifie les campagnes alors que les régions industrielles bénéficient des marchés créés par le conflit.
Malgré tout, les paysans savent aussi profiter de cette conjoncture au détriment des citadins. L’antagonisme entre le monde rural et le monde urbain s’exacerbe au fur et à mesure des mois de guerre.

Didier Cambon, Été 1914, le consentement des Lotois à la guerre.
Août 1914, la mobilisation fait irruption dans la société lotoise. Dans un département essentiellement rural, l’annonce faite par le tocsin intervient en ces longues journées où l’on s’affaire à rentrer les blés.
Comment les populations lotoises, largement étrangères au récit de la surenchère diplomatique qui conduit le continent au conflit en quelques jours, ont-elles consenties à la guerre ?
Si la conviction d’une agression allemande ne fait pas de doute pour les Lotois du temps et si pour les mobilisés qui s’arrachent à leurs familles la défense de la nation demeure inextricablement liée à la nécessité de protéger les femmes et les enfants, doit-on parler pour autant d’enthousiasme patriotique ?
Au-delà des manifestations des populations urbaines de Cahors que l’on observe à des moments précis, lors de l’instant crucial du départ des régiments lotois, n’est-ce pas en vérité, plus une ardeur grave et réfléchie qui habite les partants que l’enthousiasme bravache qu’une certaine presse s’est alors complu à décrire ? Il n’en demeure pas moins, qu’après le basculement singulier d’une crise courte, la guerre perçue d’abord comme acceptable, acquit rapidement le statut de guerre nécessaire.

Luce Barlangue, Le Monument aux morts de la guerre de 1914-1918 de Cahors : un cas exemplaire et exceptionnel.
Le Monument aux morts de la guerre de 1914-1918 de Cahors est un objet d’étude exemplaire dans une typologie nationale. Son étude permet en effet d’évoquer tous les enjeux et les procédures spécifiques à l’édification de ce type de monuments publics. Par ailleurs le cas de Cahors est exceptionnel puisqu’il fit l’objet d’un processus de commande unique… En effet il fut un temps question de mettre en place un monument peint par le peintre Henri Martin qui fut d’ailleurs réalisé mais jamais mis en place. « L’affaire » dura dix ans et devint un véritable débat public où se mêlèrent des arguments certes esthétiques mais aussi profondément politiques et éthiques. Le débat commencé au milieu des années 20 ne se termina qu’en 1936 avec l’inauguration du Monument actuel : un monument sculpté conforme aux modèles possibles.
La communication s’attachera à décrire les étapes d’une commande complexe dans laquelle la culture et le goût d’une élite guidée par la personnalité du maire Anatole de Monzie s’opposèrent à une sensibilité conforme à l’esprit du temps. Il sera aussi question de l’originalité du Monument aux morts d’Henri Martin aujourd’hui au Musée de Cahors.

Nathalie Bousquet, Mémoire des républicains espagnols dans le Lot.
Comment les réfugiés espagnols ont-ils été accueillis dans le Lot pendant les « années noires » ?
Quelles mesures les autorités lotoises ont-elles mises en oeuvre et comment la population du département a-t-elle réagi à l’arrivée et à la présence des réfugiés espagnols dans le Lot ?
Il s’agit de présenter les spécificités d’un département rural peu peuplé, déclaré par le gouvernement « département de première urgence » pour l’accueil des réfugiés de la guerre civile espagnole. On abordera également l’évolution des mesures et des attitudes des autorités lotoises, alors que la situation internationale connaît
des changements et que grandissent les dangers.
Nous exposerons les enjeux que représentent ces réfugiés :
- comment ont-ils été répartis et utilisés dans le département ?
- comment les différentes catégories de population définies par les autorités (hommes, femmes, enfants, vieillards) ont-elles été prises en charge ou encouragées au retour en Espagne ?
La stigmatisation et la répression de l’étranger en période de crise et de guerre s’appliquent bien entendu à cette population exilée
dans le Lot.

Geneviève Dreyfus-Armand, Les républicains espagnols dans le Lot et le Tarn-et-Garonne pendant la Seconde Guerre mondiale.
Le Lot et le Tarn-et-Garonne, comme au moins soixante-quinze autres départements éloignés de la frontière franco-espagnole, ont accueilli des réfugiés de la Retirada. La plupart de ces réfugiés sont arrivés dans ces départements les premiers jours de l’exode en janvier et février 1939.
La question de l’accueil des réfugiés dans ces départements en 1939 sera abordée, tant de la part des autorités que des populations. Dès les premiers mois de l’exil espagnol, un camp d’internement réservé aux ouvriers spécialisés a été ouvert dans le Tarn-et-Garonne (à Septfonds).
Suite au décret du 12 avril 1939, les Républicains espagnols ont rapidement participé à l’activité économique régionale dans le cadre des Compagnies de travailleurs étrangers (CTE), auxquelles ont succédé, sous le régime de Vichy, les Groupements de travailleurs étrangers (GTE). Il sera important d’étudier les diverses activités auxquelles ont été employés les CTE puis les GTE. Et de voir, comment dans les GTE, les autorités d’occupation ont procédé à des recrutements de main-d’oeuvre pour l’organisation Todt – notamment pour la construction du Mur de l’Atlantique – et pour aller travailler en Allemagne.
La répression exercée par le gouvernement de Vichy puis par l’occupant a été importante dans les deux départements. En dépit de celle-ci, de nombreux réfractaires aux recrutements opérés par les Allemands sont entrés dans les maquis de la région et ont activement participé à la Résistance, dans la continuation du combat mené contre le nazisme pendant la guerre d’Espagne.

Henri et Charles Farreny del Bosque, « L’affaire Reconquista de España », important épisode méconnu de la résistance espagnole dans le Sud-Ouest.
Dès le printemps 1942, l’Union Nationale Espagnole (UNE) est organisée, parmi les Républicains espagnols réfugiés en France, en comités de base pluralistes qui agissent pour la « Reconquista de España », contre l’Occupation et le régime de Vichy. Celui-ci déclenche, début juillet 1942 en Lot-et-Garonne, une vaste opération répressive qui rebondit début septembre en région toulousaine. En quelques mois deux centaines de militants de la UNE sont incarcérés pour « menées antinationales » ou « entreprise terroriste ». Dans les prisons de Toulouse (Haute-Garonne) (Furgole, Saint-Michel) ou dans les camps de concentration français (Noé (Haute-Garonne), Le Vernet (Ariège), ils continuent de résister. Les tribunaux de Vichy prononcent une cinquantaine de condamnations, en novembre 1942 puis juin 1944.
Une centaine des Espagnols poursuivis sont déportés vers les camps de concentration nazis de Buchenwald, Dachau et Aurigny (souvent oublié dans l’histoire des camps), via trois convois initiés au Vernet en mai-juin 1944, puis un quatrième formé à Toulouse fin juillet 1944. L’essentiel événementiel et politique de cette vaste affaire était jusqu’ici très largement ignoré. L’investigation révèle aussi diverses figures de très grands résistants tels Cecilio Arregui, ancien chef du Camp de Gurs (Pyrénées-Atlantiques) qui sera emprisonné 18 ans en Espagne, et Jaime Nieto, principal délégué des Espagnols au Comité international de Buchenwald, victime peu après son retour de l’opération politico-policière «Boléro-Paprika ».

Marie-France Lecuir, La double vie de l’avocat Robert Cazenave.
Les cartes de Combattants Volontaires de la Résistance de Simonne et de Robert Cazenave portent comme date de début de l’action le 1er septembre 1940.
Ils ont participé à la création en Haute-Garonne et en Ariège des mouvements Liberté et Combat, puis Libérer et Fédérer. Durant quatre ans, comme agents des réseaux Buckmaster et Françoise, ils ont organisé des groupes de renseignements militaires et industriels, des filières de passage de la ligne de démarcation en Béarn ; ils ont reçu des parachutistes, recruté des agents, diffusé de la presse clandestine.
Avocat, Robert Cazenave a assuré la défense de l’un des coaccusés de Pierre Bertaux, futur Commissaire de la République à Toulouse en 1944. Il n’a jamais cessé d’exercer son activité professionnelle et de mener une vie sociale et publique conforme à son milieu.
Membre actif du Comité chrétien d’Action civique, dans la clandestinité puis au grand jour, Robert Cazenave fut aussi journaliste dans l’éphémère publication de la Libération, Liberté, puis président de Conseil départemental de la Résistance jusqu’en 1950, date à laquelle il a quitté Toulouse pour s’installer au Cameroun.
Parvenu à la retraite, il a consigné ses souvenirs dans un texte encore inédit. Si les maquis et les combats des derniers mois de l’Occupation sont bien connus et souvent décrits, ce témoignage d’un mili ant lucide et modeste apporte un éclairage intéressant sur l’entrée en résistance, sur l’action clandestine et la vie politique de Toulouse, y compris au lendemain de la Libération.
Nous nous proposons donc de publier des extraits des mémoires de Résistance de Robert Cazenave, en les situant dans le contexte toulousain des années de guerre et d’occupation.

Jean Lecuir, Paul Vignaux à Toulouse : les débuts de la résistance syndicale chrétienne en zone non occupée (juin 1940-juin 1941).
À l’arrivée des Allemands à Paris, Paul Vignaux, professeur d’histoire de la philosophie médiévale à l’École pratique des Hautes-Études, se réfugie à Toulouse. Cette personnalité catholique connue pour ses engagements antérieurs publics contre le franquisme et le nazisme, est aussi un responsable national de la CFTC (Confédération française des travailleurs chrétiens), notamment comme animateur des Écoles normales ouvrières, de 1934 à la défaite, et créateur du Syndicat général de l’Éducation
nationale-CFTC. Il quittera Toulouse en juin 1941 pour rejoindre les États-Unis et y poursuivre le combat en faveur de la résistance syndicale et d’un syndicalisme autonome à l’égard du politique.
Revenu en 1945, il bataillera pendant 20 ans au sein de la CFTC pour sa laïcisation en CFDT (Confédération française démocratique du travail), en créant notamment le bulletin Reconstruction.
Son refus immédiat de la défaite et son opposition au nazisme et au régime de Vichy est patent. De Toulouse à Lyon, il mobilise ses relations, syndicales ou non, et noue des contacts, qui ont pour objectif d’aider à construire et organiser la réponse du syndicalisme chrétien aux projets de Vichy, à la fois dans ses modalités et dans son contenu. En même temps, il prépare soigneusement son passage aux États-Unis et les moyens d’y recevoir une information de qualité sur l’état de la résistance
syndicale en France. Auprès de lui, on retrouve des noms essentiels des débuts de la résistance à Toulouse, de Jouhaux et Forgues à Jean Brodier et Marcel Vanhove, en passant par Trentin, Bertaux et Friedmann, sans oublier Mgr Saliège ou Jules Moch. Mais aussi ceux de Mounier, Fumet, ou des dirigeants CFTC à Lyon.
Il s’agit, sans majorer outre mesure le rôle de Paul Vignaux, de mettre en lumière un aspect méconnu de l’activité d’une des personnalités syndicales essentielles à la compréhension de la France contemporaine.

Dominique Gosse-Issart, De l’exotisme à l’angoisse : la guerre d’Algérie dans le département du Lot.
Lorsque explosent les premières bombes de la Toussaint Rouge, le Lot est un des départements les plus ruraux et les plus pauvres de France.
Pour la grande majorité des Lotois, l’Algérie représente une terre lointaine et exotique.
Mais très rapidement, l’exotisme va laisser place à l’angoisse.
Au travers d’une analyse serrée de la presse, des documents officiels mais aussi de témoignages, il apparaît que, bien qu’à l’écart du bouillonnement intellectuel des grandes métropoles, la guerre d’Algérie allait s’imposer non seulement au plan politique mais aussi dans le quotidien des Lotois.

CONFERENCE DE PIERRE LABORIE

Vie et mort des Français pendant la Seconde Guerre mondiale, historiographie, mémoire, variables régionales.
Entre 1940 et 1945, sur fond de déchirements et de tragédies, la France traverse une des périodes les plus troubles et les plus complexes de son histoire, toujours présente dans les zones sensibles de la mémoire nationale. Contrairement à l’idée reçue obstinément reprise par les medias qui laisse croire à des empilements de « cadavres enfermés dans des placards » soigneusement verrouillés, à des tabous ou autres amnésies et refoulements, le savoir a considérablement avancé sur les années
noires. 
C’est en particulier le cas pour le régime de Vichy, pour les conditions de vie au quotidien, pour l’exclusion, l’internement, les persécutions antisémites et les déportations. C’est aussi le cas, mais plus récemment, pour les réalités de l’Occupation, il est vrai en partie oubliées dans des travaux qui s’étaient attachés en priorité à autopsier la collaboration d’État, en réponse à une demande sociale étroitement dépendante de l’actualité (procès pour crime contre l’humanité, affirmation identitaire de la mémoire juive, dévoilement du passé méconnu de certaines personnalités comme François Mitterrand, etc.) En revanche, posé et reposé à l’occasion des retours incessants sur ce « passé qui ne passe pas », le problème des comportements des Français sous Vichy et l’Occupation reste un objet de débat et de controverses. Il n’a cessé de donner lieu à une succession d’interprétations divergentes où les enjeux de mémoire, les passions sélectives, les stéréotypes et les préoccupations du présent ont souvent pris le pas sur la volonté de comprendre. Imperméable aux apports de l’histoire et à la complexité du temps, une vulgate construite dans le contexte

des années 1970. Relayée par les medias, elle s’est imposée dans la mémoire collective, en dépit de ses simplifications et d’une vision univoque des Français figés dans une chronologie écrasée, dans un espace et une pensée uniformes. L’histoire ne peut pas réduire à des schémas sommaires et à un modèle unique d’explication des milliers de situations singulières, fortement dépendantes des espaces régionaux et des milieux de vie. Des situations qui, de plus, ont évolué avec le temps et à des rythmes différents. Il n’y a pas une image-type de la France moyenne ou du Français moyen qui serait le miroir d’un modèle généralisable, majoritaire dans le pays, pour toute la durée de la guerre. Il n’y a pas de réponse simple aux entrelacs que dessinent, ici, de multiples questions emboîtées. L’histoire, en revanche, par un travail patient d’intelligibilité, peut opposer quelques certitudes aux nombreux poncifs mécaniquement répétés. Elle peut contribuer à convaincre de la complexité des événements auxquels les populations ont été confrontées, avec de fortes variables selon ce qu’elles étaient, là où elles vivaient. Elle doit surtout rappeler la nécessité, avant de juger, de prendre conscience de l’écart considérable entre notre savoir, nos modes de pensée, notre sensibilité, et ceux des femmes et des hommes contemporains de la période. Ceux-là ont vécu le présent des années quarante dans la confusion, les rumeurs ou les angoisses d’événements défigurés par la désinformation quotidienne et la dimension psychologique de la guerre totale.