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SORTIE DU 22 OCTOBRE 2017

 

Notre journée d’automne nous a ramenés cette année au nord du département, aux confins de la Corrèze, puisque son terme a été la ville de Beaulieu-sur-Dordogne. Anne-Marie Pêcheur a eu la gentillesse de nous consacrer son dimanche et d’élaborer un programme de visites riche et varié mais sans distances excessives à parcourir.

Le rendez-vous matinal était fixé devant l’église de Tauriac que la Société avait déjà visitée il y a quelques années mais, renouvellement des effectifs oblige, plusieurs nouveaux sociétaires avaient souhaité la découvrir autrement que dans une simple excursion personnelle. Voilà chose faite car Anne-Marie Pêcheur nous a offert par son érudition un parcours complet d’un édifice célèbre pour ses peintures murales, tout en le restituant parfaitement dans son contexte historique. Notre guide a volontiers reconnu qu’au premier abord et pour un visiteur trop pressé, l’architecture de cet édifice n’attire pas particulièrement l’attention et que rien ne laisse deviner la surprenante richesse de son décor intérieur. L’histoire de sa construction est assez bien connue grâce au cartulaire des abbayes de Beaulieu et de Dalon. Le site a été retenu par la proximité d’un port sur la Dordogne, Port-de-Sal, dont le nom indique bien à quel commerce il était consacré mais le chemin salinier qui y aboutissait était aussi, comme souvent, un chemin de pèlerinage vers Rocamadour et un chemin militaire de Turenne à Gramat. L’acte le plus ancien le concernant est un don fait par le vicomte de Turenne Adhémar des Échelles de sa curtis de Tauriac à l’abbaye de Beaulieu en 930. Une longue éclipse documentaire ne nous explique pas pourquoi le territoire reparaît dans le cartulaire de l’abbaye cistercienne de Dalon au xiie siècle, abbaye qui possédait déjà une grange à proximité où elle allait fonder en 1279 une bastide, la « bastide neuve de Tauriac », l’actuel Puybrun. Rappelons d’ailleurs que Tauriac restera longtemps église paroissiale, les deux églises de Puybrun n’étant que des annexes. Avant d’en venir à la description du décor peint, notre guide donne quelques explications sur l’architecture qui a subi de profondes transformations au xvie siècle par adjonction de chapelles latérales (certainement en deux campagnes) et voûtement en ogives de la nef, ce qui ravive immédiatement chez plusieurs d’entre nous le souvenir des églises à décor peint de La Masse et Canourgues visitées cet été. Plusieurs détails rendent la lecture du bâtiment et la chronologie des travaux difficilement compréhensibles et il faut rendre grâce à Anne-Marie Pêcheur de les avoir évoqués avec clarté et simplicité. Elle entreprend alors avec la même clarté, mur par mur, la description et l’explication du programme iconographique des deux chapelles (Création du monde et Jugement dernier, prophètes et sybilles, etc.) que nous n’aurons pas la prétention de résumer ici pour les absents, les spécialistes (V. Czerniak, A.-M. Pêcheur, M.-A. Sire) ayant fourni une littérature assez abondante sur le sujet et toujours disponible dans notre bibliothèque. L’intérêt d’une visite guidée réside dans la possibilité d’interroger les spécialistes, en témoignent les nombreuses questions qui ont été posées à notre guide sur l’inspiration des artistes, les techniques utilisées ou des surprises comme l’apparent archaïsme de certains chapiteaux. La question des commanditaires n’a pas été évitée et l’hypothèse la plus vraisemblable serait le mécénat de deux fidèles du baron de Castelnau-Bretenoux, son trésorier et son maître d’hôtel, dont les repaires se trouvent à proximité.

Il était logique que notre groupe rejoigne ensuite « la bastide neuve de Tauriac », Puybrun donc, à quelques kilomètres à peine de cette première étape. Puybrun est une bastide plutôt bien connue de nos adhérents, grâce notamment à Jean-Pierre Laussac et à l’association des Amis de la bastide de Puybrun avec qui la Société a toujours entretenu de cordiales relations et qui nous ont régulièrement fait profiter des actes de colloques consacrés à leur bastide et à d’autres. Sur place, Mme Marty, présidente de l’association, et une de ses collègues, nous ont accueillis pour la visite de l’église avec, en préalable, une mise au point d’Anne-Marie Pêcheur sur l’histoire de la bastide elle-même, prudent paréage entre l’abbaye de Dalon et le roi (1279) et, comme de juste, œuvre d’habiles compromis pour réduire l’hostilité des seigneurs locaux, baron de Castelnau et vicomte de Turenne. L’église paroissiale Saint-Blaise est la deuxième étape de notre arrêt à Puybrun. En partie médiéval, l’édifice a subi une restauration majeure au tout début du xviie siècle. Il est adossé à une tour qui fait office de clocher mais dont la destination initiale semble avoir été militaire, A.-M. Pêcheur y voyant le possible siège du sénéchal. Enfin, nous achevons la visite du village par la cave du prieuré dite « Salle des gardes » datée de la fin du xiiie ou du début du xive siècle. Cette cave voûtée en parfait état a conservé les placards muraux d’origine et devait sans doute servir à stocker les redevances du prieuré.

Après avoir encore une fois remercié nos guides pour leur accueil et leur disponibilité, nous avons gagné Bilhac pour nous y restaurer à la table généreuse de la ferme-auberge de Mas-Vidal où notre hôtesse nous a accueillis par une sympathique description de ses activités et de ses produits. Fort heureusement, l’excellent repas n’a pas, grâce à un service impeccable, compromis le programme de l’après-midi consacré à la visite de Beaulieu dans la proche Corrèze.

Sur place, en présence de Mme Gentil-Gouraud, conseillère municipale, Anne-Marie Pêcheur nous a regroupés devant le portail de l’abbaye Saint-Pierre pour rappeler les grandes lignes de l’histoire du lieu, connue en grande partie grâce à la conservation du cartulaire de l’abbaye. Contrairement à ce que l’on aurait pu croire, l’abbaye n’est pas à l’origine du village car une agglomération relativement importante, un village de pêcheurs avec un « barri major », l’aurait précédée. La fondation est l’œuvre d’un des membres de la famille comtale de Quercy, Raoul, archevêque de Bourges, qui aurait attiré vers 855 dans ce Vellinius (devenu « Beaulieu »), sur des terres de la future vicomté de Turenne, des moines de l’abbaye de Solignac. Une première communauté monastique se développe donc aux ixe et xe siècles bientôt mise en péril par la rivalité, déjà évoquée à Puybrun, entre vicomtes de Turenne et  barons de Castelnau, ces derniers réussissant à en prendre le contrôle au xie siècle avec l’abbatiat laïc d’Hugues de Castelnau qui finira par renoncer entre les mains de Cluny (1076) puis du pape Urbain II (1095). Commence alors une importante reconstruction dans la première moitié du xiie siècle avec une nouvelle abbatiale, programme ambitieux qui ne s’achèvera qu’au siècle suivant, le fameux portail sud étant daté du milieu du xiie siècle, vers 1160. C’est l’apogée de l’abbaye qui par la suite connaît, comme de nombreuses sœurs, les luttes de pouvoir entre abbés et seigneurs laïcs puis les affres de la guerre de Cent Ans et enfin l’abandon des abbés commendataires. L’occupation de Beaulieu par les réformés accélère la ruine de l’abbaye et une brève restauration mauriste au xviie  siècle ne parvient qu’à enrayer son déclin. Elle est in extremis sauvée de la destruction totale sous la Révolution, l’église seule étant épargnée.

Après cet indispensable aperçu historique, nous entreprenons la visite de l’édifice en partant du chevet pour mieux saisir la chronologie de la construction avec les modifications du décor (baies et chapiteaux, appareil) qui témoignent des étapes successives du programme entre influences limousine et cistercienne jusqu’à l’apparition du gothique méridional dans les dernières années du xiiie  siècle et l’adjonction tardive du clocher-tour. L’intérieur de l’abbatiale surprend par une travée de chœur très étroite mais décline pour l’essentiel le programme classique des églises romanes : déambulatoire avec chapelles rayonnantes, voûte d’abside en cul-de-four… Le portail sud et son célèbre tympan sont bien trop connus pour que ce modeste compte-rendu s’y attarde, ils ont bien sûr fait l’objet d’un nombre important de publications dont, parmi les plus récentes, celle d’Anne-Marie Pêcheur et Évelyne Proust dans le Congrès archéologique de France en 2007. Mentionnons tout de même notre étonnement – c’est un euphémisme – devant la restauration d’une partie de la statuaire, réinterprétation radicale qui nous semble aller au-delà des limites admises en pareil cas.

Il aurait été regrettable de limiter notre découverte de Beaulieu à sa seule abbatiale. Nous avons donc prolongé le plaisir et l’efficacité de la visite guidée dans les rues de la ville médiévale jusqu’à la Dordogne pour profiter de la faveur qui nous était accordée par l’ouverture de la chapelle des Pénitents. Surplombant le fleuve, cette chapelle portant depuis le xixe siècle le nom de la confrérie des Pénitents bleus a été à l’origine une église fondée pour être paroissiale là où l’antique village de pêcheurs était établi. Consacrée Notre-Dame, elle a été construite au xiie siècle et conserve en dépit de nombreux remaniements ses caractères romans, un beau clocher-mur et une intéressante abside à baies limousines. L’église abrite aujourd’hui un petit musée d’art sacré, louable initiative conservatoire que l’on aimerait voir se répéter dans notre département. Le retour vers le centre-ville nous a permis d’observer au passage l’architecture civile, elle aussi fort intéressante avec en particulier un arrêt prolongé devant une belle bâtisse restructurée au xviie siècle, classée pour sa façade ornée en réemploi d’éléments de sculptures Renaissance.

Cette excursion doit la plus grande partie de son succès à notre guide Anne-Marie Pêcheur, qu’il faut féliciter pour l’étendue de ses connaissances et la pertinence de ses observations, ainsi qu’à la collaboration des personnes qui ont su se rendre disponibles en ce dimanche, nous les en remercions chaleureusement.

                                                                                                                   Patrice Foissac

 

Sortie du 21 mai 2017

 

 

C’est par une très belle journée ensoleillée que nous nous sommes rendus dans la vallée de la Dordogne, à Beynac et Cazenac.

Anne Bécheau, guide conférencière, nous a fait découvrir le village de Beynac qui s’enroule autour du célèbre château dont l’existence est attestée au XIe siècle. Positionné dans un méandre de la Dordogne, Beynac a joué un rôle important durant les guerres de Cent Ans et de Religion, les seigneurs de Beynac exerçant une domination jusque dans la vallée de la Vézère. Le village existait déjà en 1200, date à laquelle les seigneurs de Beynac signèrent avec les habitants un accord de protection réciproque. C’est à travers les différents barris (quartiers) du village fortifié que notre progression nous a conduits jusqu’à l’ancienne chapelle castrale du château titrée de Notre-Dame et devenue église paroissiale après les guerres de Religion, l’église Saint-Jacques située au cœur du bourg ayant été détruite. L’église est située dans l’ancien castrum constitué du château, d’un village détruit pendant la guerre de Cent Ans. Ce castrum est cerné de remparts érigés sur la falaise à 150 m au-dessus de la Dordogne. La particularité du village de Beynac est qu’il possède encore deux maisons-tours du XIVe siècle érigées dans le barri des Boines, le plus proche du castrum.

En début d’après-midi nous nous sommes rendus au château de Panassou, sur la commune de Saint-Vincent-de-Cosse à quelque cinq kilomètres de Beynac. Cette charmante bâtisse composée d’une grosse tour ronde et d’un corps de logis Renaissance fut probablement construite par les Beynac. Le lieu est attesté en 1457. Jusqu’au début du XVIIe siècle, Panassou resta la propriété d’une branche cadette des Beynac puis fut vendu au protestant Jean de Canolle, allié à la puissante famille des Vassinhac. La descendance féminine de Jean de Canolle contribua à faire passer le château aux Theilles puis aux Carbonnières de Jayac et enfin aux Costes de La Calprenède, d’Eyrignac (Salignac-Eyvigues). C’est Marie-Louise Victoire de Costes, née Calvimont, qui cèdera Panassou en 1827 à Pierre Pontou. Selon la tradition orale, le château avait subi un important incendie au début du XIXe siècle. C’est la fille de Pierre Pontou, Victoire Roux, qui l’aurait restauré. Le château est acheté en 1912 par Emile Génoyer, consul de France, et après sa mort revendu à la famille Davezac, qui le possède encore aujourd’hui. Panassou est construit sur une barre rocheuse, au-dessus d’une grotte aménagée qui communique avec l’intérieur du château. S’il a été très restauré au XIXe siècle, il a toutefois conservé une archère percée dans la tour, un très beau portail Renaissance et des bouches à feu à plusieurs niveaux du logis.

Cette journée s’est achevée par la visite du prieuré de Redon-Espic (commune de Castels). D’architecture romane, ce prieuré dut sans doute être érigé à la fin du XIIe siècle ou au tout début du XIIIe siècle. Si au moment de la création du diocèse de Sarlat en 1317, Redon-Espic fait bien partie des possessions épiscopales, on n’a aucune preuve du commanditaire d’origine, peut-être le monastère bénédictin de Sarlat. Redon-Espic est loin d’avoir livré tous ses secrets. Après avoir été transformée en grange, l’église a été restaurée dans la seconde moitié du XIXe siècle après l’apparition de la Vierge à une jeune bergère, dans le vallon du Moulan, tout près du prieuré. Une seconde restauration est intervenue en 2007 avec notamment la réfection de la toiture de lauze appuyée directement sur l’extrados de la voute. Mais des lauzes gélives ont contraint la municipalité à refaire une seconde fois la couverture. Cette réfection est en cours.

             

 

SORTIE DU 7 OCTOBRE 2016 À FLAUJAC ET SAINTE-NÉBOULE

                La grange cistercienne de Flaujac-Gare

Le chanoine Edmond Albe guida nos pas ce dimanche 9 octobre dernier, grâce au travail qu'il consacra aux fondation et histoire de l'abbaye de Leyme, dans un article intitulé : « L'abbaye cistercienne de Leyme au diocèse de Cahors[1] ».

Le chanoine Albe a construit son article à partir de sources diverses :

- la Gallia christiana, (tome 1)[2],

- le fonds Doat, (tome 124, p154 et s.)[3],

- « l'Estat des monastères des Filles religieuses du diocèse de Cahors en 1668 »[4],

- diverses « Histoires du Quercy », dont l'ouvrage de Lacoste.

- les notes précieuses de l'abbé Rouquié, aumônier de Leyme, déposées aux archives de l'Evêché.

- divers fonds d'archives.

La fondation de Leyme

« L'abbaye de Leyme », écrit le chanoine Albe, « a été fondée au début du XIIIe siècle par un évêque de Cahors, Guillaume de Cardaillac et par son frère Géraud entre 1213 et 1220 […] »[5]

 

La grange de Flaujac

 

Elle fit l'objet de donations à l'abbesse de Leyme.

« Un certain Villefort (villafortis) de Livernon, sa femme Guillemette et leur fils Archambaud donnent, dans le courant du mois d'août 1233, à Dieu et à Sainte-Marie de la Grâce-Dieu, à Guillemette abbesse et à tous les frères et sœurs qui résident dans le monastère les biens et possessions qu'ils ont dans la terre et juridiction de Flaujac (près Livernon) : hommes, femmes, maisons, jardins, villages, capmas, borderies, eaux, arbres, bois, pâturages et spécialement leur borie de Vilosal, las Soubiranes et les Cayrouses ; la villa de la Floiregia et le Sinsonié, le village de las Emendinhos (?), le village de Gulavolp, le village dels Alos, celui de la Teule, etc. – acte passé dans l'église Sainte-Marie de Flaujac. 

Et le 3 novembre de la même année, l'abbé de Marcilhac, Raymond de Goudou, et ses religieux, de qui relevait la paroisse de Flaujac, faisaient don à l'abbesse du couvent de Lumière-Dieu (ici le nom primitif reparaît[6]) et aux frères et sœurs de son monastère, de la dite église de Flaujac, avec ses appartenances, sous la réserve de 6 setiers de froment, de rente annuelle. Huit religieux signent l'acte. Sont témoins : Raymond de Montagne, Gne de Saint-Bressou, Gne d'Anglars, frère convers, et dame Fleur, religieuse (Doat, 124 f. 163 et 161 – Gallia, col. 192). » (p. 149)

Un unique prieuré avec Rueyres

 

« La paroisse de Flaujac, avec son annexe de Rueyres est restée jusqu'à la fin possession de l'abbaye de Leyme. » (p. 149)

« L'évêque de Cahors, Géraud de Barasc, s'intéressa beaucoup à la fondation de son prédécesseur. Le lundi après les octaves de Saint Jean (2 juillet 1246), il donnait au monastère gouverné par la même abbesse l'église Notre-Dame de Rueyres, qui fut désormais annexée à celle de Flaujac, les deux paroisses ne formant qu'un prieuré. » [p. 150]

Le chanoine indique, p. 153 : « Nous avons passé la donation faite en 1304, par B. de Raunhac (ou Reganhac) de tout ce qu'il avait dans la paroisse de Flaujac : le détail des lieux nommés n'intéresse pas l'abbaye directement. » (Doat, 124, p. 187)

Le frau[7]

 

« Mais dès le début de 1342, l'abbesse de Leyme est Aygline de Felzins, dont nous avons plusieurs actes importants. C'est, pour le 26 mars 1342 (1341, vieux style) une transaction passée avec les habitants de Thémines, au sujet du frau, pour la délimitation du côté de Flaujac. Il y est fait allusion à une sentence arbitrale de 1303; des bornes furent placées pour bien marquer la part du frau propre à chaque paroisse : les habitants de Thémines ne gardèrent que le tiers et 50 cesterées, et il fut réglé que leur syndic devrait en faire la reconnaissance à chaque nouvelle abbesse (communication de M. l'abbé Lacout, ancien curé de Bannes.) » [p. 154]

Transaction entre l'abbesse de Leyme et le prieur de Thémines

 

« En 1526, le 12 août, par devant Rigal de Planhes, notaire de Molières, avait lieu une transaction entre Hélène de Beaufort, ancienne abbesse, et Louise de Rousset, abbesse actuelle, du monastère de Leyme, d'une part, et frère Guillaume de la Tour, prieur de Thémines au sujet de la dépaissance dans la partie du frau de Thémines qui se trouvait dans la paroisse de Flaujac et relevait de la dame abbesse, […] à la date de 1341. Pour la dédommager du tort que pouvaient faire les habitants, le prieur de Thémines promet de lui payer chaque année six agneaux et douze livres de laine qu'elle fera prendre à Thémines, au lendemain de l'Ascension. » [p. 163]

Procès entre l'abbesse de Leyme et la prieure de l'Hôpital-Beaulieu à Issendolus

 

« Il y avait d'autres troupeaux que ceux de Thémines à fréquenter sur ce frau. Les habitants des villages del Souc et de Marche, paroisse d'Issendolus y menaient paître aussi leurs agneaux.De là procès entre l'abbesse de Leyme et la prieure de l'Hôpital-Beaulieu. Noble Astorg de Corn, seigneur de Sonac et de Queyssac, fut pris comme arbitre Il décida (novembre 1533) qu'en compensation la dame de Leyme prendrait un cinquième de la dîme des agneaux et de la laine, la prieure ayant les quatre autres cinquièmes (notes de M. l'abbé Lacout). Il faut dire qu'une sentence du parlement de Toulouse, du 7 janvier 1538, décida que l'abbesse ne pouvait pas d'ailleurs troubler les habitants dans la jouissance du dit frau, ainsi qu'il avait été réglé en 1341; mais ceux-ci étaient condamnés pour excès commis envers son bordier Jean Rouquier à 100 sols d'amende, (arch. Haute-Gar. B. 32, f. 95). » [p. 163]

« En 1535 […] sous la galerie du cloître, infra galaria monasterii, a lieu un accord avec le recteur de Rueyres de Flaujac, représenté par le prieur de Saint-Romain : il est réglé que le recteur aura la moitié du vin et du carnelage de la dîme, 20 setiers froment, 30 setiers seigle et le casuel, (arch. Haute-Gar., arch. du Parlement, série des notaires : notaire Barth. Darnis, de Gramat – très longues pièces). » [p. 164]

Flaujac parmi les revenus et charges du monastère[8]

 

« Prieurés appartenant à ladite abbaye : le prieuré de Rueyres et Flaujac son annexe s'afferme communément huit cens livres. » [p. 194]

Plus loin, sous l'intitulé « Biens fonds » : « Plus un autre domaine, appelé de Flaujac, du labouraige de 5 paires de bœufs, où il se fait un nourrissage de brebis considérable, lequel compris 12 setiers froment et 12 setiers avoine de rente, avec leur suite, vaut commune année 1000 livres. » [p. 194]

Enquête sur l'état de toutes les communautés religieuses diligentée par les administrations civiles et ecclésiastiques vers 1775

 

« […] en 1775 […] Les revenus sont toujours constitués par les dîmes du prieuré de Rueyres et Flaujac, des rentes foncières sur diverses paroisses; les domaines de la Place (à Leyme), de Cap del bosc, de Cantegrel, de Flaujac, des Bouysses (ce sont les deux plus importants […]. Il y a de plus qu'en 1668 le domaine de Lazières de Montamel définitivement uni à la mense.» [p. 214-215]

Au chapitre des dépenses indispensables de l'abbaye de Leyme :

« Voici les réparations indiquées comme nécessaires: au domaine des Bouysses: couverture des bâtiments, murs à relever, etc : 4000 livres, au domaine de Flaujac: 3.200, à Montamel (moitié du choeur à réparer): 300, au prieuré de Rueyres […]: 1.800 […]. » [p. 215]

En appendice et conclusion

 

« Les possessions de l'abbaye furent comme partout à la Révolution vendues à titre de biens nationaux. » [p. 216]

                                                                                                                             Guylène Serin

 

Pour la suite de la visite voir le BSEL 2016/4.

 La nef et l'arc triomphal en partie muré

La grange cistercienne de Flaujac-gare.  

[1] Revue Mabillon : archives de la France monastique, abbaye Saint-Martin de Ligugé, 1926.

[2] Gallia christiana in provincias ecclesiasticas distributa […] 16 vol. […] Les volumes 1-3 publiés de 1715 à 1725 sont l'oeuvre du P. Denis de Sainte-Marthe, supérieur général de la Congrégation de Saint-Maur; cette congrégation continua l'ouvrage en publiant les volumes 4-13, 1728-1785 ; Jean-Barthélémy Hauréau le termina en publiant les volumes 14-16, 1856-1865 (Catalogue de la Bibliothèque nationale de France, http://catalogue.bnf.fr).

[3] « Doat Jean de (16..-1683), Collection de 258 volumes reliés. Copies d'actes anciens intéressant la Guyenne et le Languedoc. Copies faites de 1664 à 1669 sous la direction de Jean de Doat pour le compte de Jean-Baptiste Colbert (1619-1683 n.d.r). Cette collection, acquise en 1732 par la Bibliothèque royale, fait partie des «Collections sur l'histoire de diverses provinces.» (Bibliothèque nationale de France, http://data.bnf.fr)

[4] « M. le Président donne communication d'une lettre dans laquelle M. le ministre de l'Instruction publique lui annonce qu'il vient d'attribuer à la Société une subvention de 250 francs qui devra être affectée à la publication d'une étude concernant l'enquête prescrite par Louis XIV sur les couvents de femmes dans le diocèse de Cahors.» C'est l'Estat des monastères des Filles religieuses du diocèse de Cahors en 1668, publié dans le bulletin par M. Greil. » Extrait du compte-rendu de séance de la Société des Etudes du Lot, le 4 mars 1901, paru dans le T. XXVI du BSEL.

[5] Le chanoine Albe ajoute : « […] et non par Saint-Louis comme le disait l'abbesse de 1668, Mme de Vieuville, ni à plus forte raison par l'empereur Charlemagne ainsi que le prétendait plus tard Mme de Guiscard vers 1750 » Le pouillé de Dumas (1679, Fonds Greil n°124/1, p. 90) semble aussi indiquer cette version de la fondation de l'abbaye par le roi de France comme étant une simple croyance: « Abbatia de Eremo […] fundata est in loco […] campestri et deserto per Sanctum Ludovicum Regem Francorum ut creditur.».

[6] L'abbaye de Leyme - dont E. Albe nous dit qu'elle tient son nom du latin eremus, le désert, devenu Lherm, Leme, Leime et enfin Leyme - fut aussi appelée abbaye de Lumen Dei, Lumière de Dieu, Lundieu, nom abandonné par la suite au profit de la Grâce-Dieu, très probablement afin de ne pas concurrencer l'abbaye bénédictine du même nom à Figeac (Albe, Mabillon, op cit., p. 143 et 147).

[7] En occitan, friche, lande inculte, (Dictionnaire français/occitan, Cristian Laus, Institut d'Estudis Occitans del Tarn, 2001, http://www.locongres.org/fr.)

[8] Extrait du procès-verbal de visite des maisons de filles du diocèse de Cahors par le vicaire général de Mgr de Sevin, M. de Lasserre-Conques, en 1668, publié par Louis Greil.dans le BSEL.


La nef et l'arc triomphal en partie muré 


La grange cistercienne de Flaujac-gare

 

SORTIE DU JEUDI 4 AOÛT 2016

(voir les photos en ligne)

La visite du Musée départemental Murat aurait dû être plus logiquement celle de l’été 2015, anniversaire de la mort tragique de Joachim Ier, roi de Naples, le fils d’aubergiste lotois au destin exceptionnel. Des circonstances particulières nous ont fait reporter ce projet et c’est donc en ce mois d’août 2016 que nous avons donné rendez-vous à nos sociétaires à Labastide-Murat, devant la maison natale du plus célèbre des maréchaux d’Empire, beau-frère de l’empereur Napoléon par son mariage avec Caroline Bonaparte.

Sur place, nous attendait le responsable du Musée, membre de l’association des Amis du Musée Murat, également éditrice depuis 1969 de la revue « Cavalier et roi », Gérard Fénelon. Au rez-de-chaussée de la maison natale reconstituée dans le style de l’époque notre guide nous propose alors une évocation érudite de la carrière de Joachim Murat sur laquelle nous ne nous attarderons pas, renvoyant aux nombreux ouvrages disponibles à la SEL dont l’essentiel Murat de Jean Tulard. Notre guide sait heureusement atténuer la sècheresse de l’exercice biographique en rapportant de nombreuses anecdotes glanées au fil de ses voyages dans les pas du maréchal. Notons que cette mémoire du roi Murat prend un relief particulier dans l’ancien royaume de Naples où son souvenir est encore honoré pour avoir promu l’élite locale et combattu pour l’indépendance italienne. Il faut un mur complet pour évoquer la généalogie de Joachim Murat ; nous nous contenterons de souligner la prolificité de sa descendance issue de trois des enfants du couple, Laetitia, Lucien et Louise, l’aîné, Achille, n’ayant pas eu de postérité de son mariage avec une arrière-petite-nièce de George Washington. Lucien, 3e prince Murat (1808-1878), est certainement le plus connu des descendants pour avoir été député d’un Lot bonapartiste surnommé « La petite Corse ». Mais la généalogie montre que la descendance Murat s’élargit à celle de ses frères et sœurs à l’origine de la branche cadette, dite des comtes Murat. Signalons tout de même la postérité d’Antoinette Murat, nièce de Joachim, épouse du prince Charles de Hohenzollern-Sigmaringen qui allait, par ses quatre enfants « devenir l'aïeule de la plupart des familles royales d'Europe ». L’étage offre un grand nombre de souvenirs du maréchal : correspondance, reproduction de portraits, objets personnels dont la belle paire de gants que portait le maréchal à la bataille d’Eylau où la célèbre charge du meilleur cavalier de l’Empire allait sauver une situation compromise. On ne peut manquer de remarquer le goût prononcé de Murat pour les splendides uniformes qui lui valut d’être brocardé par l’empereur dont on connaît la sobriété en la matière et par Balzac qui le qualifia, pour la même raison, « d’homme tout oriental ». La visite du Musée se prolonge par une rapide incursion dans l’église paroissiale à la découverte de la crypte où reposent des membres de la famille. Le château de la famille, propriété privée, ne se visite pas.

La deuxième partie de l’après-midi était consacrée à la visite « optionnelle » de l’église de Séniergues, le temps s’étant rapidement mis à l’orage. Une pluie soutenue nous a contraints à nous réfugier à l’intérieur de l’édifice pour une brève description historique de la vieille paroisse de Séniergues patiemment étudiée par Jean Lartigaut lors de la construction de l’autoroute A20, étude publiée dans le BSEL 2006-IV. Rappelons la dédicace à saint Martin, la collation épiscopale, les annexes de Saint-Julien et Saint-Vézian, autant de témoignages de la haute antiquité et de l’importance de cette paroisse jusqu’à la création de la bastide anglaise de Montfaucon qui va la supplanter comme église-mère à la fin du XVe siècle. L’église étonne le visiteur par son caractère hétérogène dû à une surélévation médiévale de l’édifice roman primitif (XIIe-XIIIe siècles). Cet ajout d’un étage était destiné à servir de refuge à la population à une date inconnue de la guerre de Cent Ans comme en témoignent aussi les vestiges d’une bretèche protégeant le portail. Mais cette modification, par ses dimensions et le recours à la pierre de taille, n’altère pas l’élégance de l’édifice à laquelle contribuent aussi le choix d’un plan centré et la construction à mi-pente d’un talus. Plusieurs sociétaires remarquent l’originalité des baies de l’abside, encadrées de colonnettes, qui s’ouvrent dans l’épaisseur des contreforts. L’intérieur de l’édifice a conservé son caractère roman dépouillé : le voûtement en cul-de-four et berceau brisé n’a pas été détruit par l’étage fortifié et les chapiteaux sont sobrement décorés. Très altérées, des peintures murales du XVIIIe siècle aux angles de la coupole octogonale représentent les quatre évangélistes, chacun accompagné de son symbole.

                                                                                                                       Patrice Foissac

 

SORTIE DU DIMANCHE 12 JUIN 2016 À PÉRIGUEUX

(Voir les photos en ligne)

Il est souvent hasardeux de mettre au programme de nos sorties des villes voisines dans la crainte de ne pouvoir rassembler autant de sociétaires que nous le souhaiterions. En effet, on les suppose bien connues par leur proximité avec notre département. À tort sans doute puisqu’elles sont souvent jugées trop proches pour y séjourner et trop lointaines pour y consacrer une simple escapade. À ces considérations stratégiques il faut bien sûr ajouter les découvertes et aménagements récents du patrimoine local – et leurs échos médiatiques, avouons-le – qui nous ont encouragés à choisir Périgueux pour notre sortie de printemps. Simone Denjean, dans ce qu’elle souhaitait être sa dernière mission de Commissaire aux excursions, nous proposait un programme aménagé, assez court pour tenir compte des contraintes horaires du déplacement mais assez varié pour satisfaire tous les goûts : une matinée consacrée au musée Vesunna et un après-midi de déambulation dans la vieille ville.

Le musée archéologique Vesunna est une réussite exceptionnelle à mettre au crédit de la ville de Périgueux. Le choix de l’architecte est sans doute pour beaucoup dans cette réussite : Jean Nouvel, un enfant du pays dont il est inutile de retracer la brillante carrière, a donné aux vestiges archéologiques un écrin admirable qui s’intègre parfaitement dans un site antique parce qu’il donne plus à voir qu’il ne se voit lui-même. Nous n’aurons pas la cruauté de nous appesantir sur les choix malheureux faits dans d’autres villes mais cette première impression a été partagée par tous les sociétaires présents. L’accueil a été à la hauteur de la performance architecturale et de l’intérêt du site, il faut aussi en féliciter nos hôtes.

Le musée est entièrement organisé autour des vestiges d’une domus gallo-romaine ; il permet de la surplomber pour en découvrir l’organisation générale et de la parcourir par tout un système de passerelles. Cette domus a été découverte en 1959, à proximité immédiate de la « Tour de Vésone », reste imposant (cella) d’un temple consacré à la déesse protectrice de la cité comme Divona eut le sien dans ce qui allait devenir Cahors. Notre guide, après avoir présenté sur maquette l’organisation générale et l’histoire de la cité antique, capitale des Pétrocores voisins des Cadurques, nous conduit sur les lieux des fouilles. La demeure présente clairement la succession de divers aménagements domestiques (bains, réceptions, chambres, cuisine, celliers, puits) entrepris du Ier au IIIe siècle autour d’un jardin central et certainement réalisés au bénéfice d’un riche habitant de la cité comme en témoignent les salles chauffées par hypocaustes et des peintures murales conservées en partie par les rehaussements successifs des pièces et circulations. De nombreux objets sont conservés in situ, choix qui éclaire judicieusement, pièce par pièce, la vie quotidienne des Pétrocores. À noter le remarquable système d’élévation de l’eau par une pompe aspirante-refoulante en bois qui a étonné plus d’un sociétaire pour avoir autrefois appris que les Romains ne connaissaient pas cette technologie…

Le repas fut l’occasion de gagner le Puy-Saint-Front, site de la ville médiévale, en franchissant la muraille de la cité romaine du Bas-Empire, contraction de la première Vesunna, longeant au passage la cathédrale Saint-Étienne primitive. La brasserie « Garden Ice café » dans ce qui est désormais le centre-ville de Périgueux nous a offert un repas copieux et un service impeccable. C’est là que notre guide de l’après-midi, Martine Balout, nous a fait l’honneur et le plaisir de nous rejoindre. Martine Balout est la dynamique directrice du Service Patrimoine Ville d’Art et d’Histoire de Périgueux, auteure de plusieurs ouvrages consacrés à la ville[1] et sans aucun doute la meilleure guide dont nous puissions rêver. Nous lui renouvelons ici tous nos remerciements pour avoir sacrifié une grande partie de son dimanche à cette visite du secteur sauvegardé.

La première étape de cette visite a été consacrée aux indispensables explications de l’histoire et de l’évolution topographique de la ville ; en effet, Périgueux, nous y avons fait allusion, est la réunion médiévale de trois sites distincts augmentés au XIXe siècle de faubourgs dont la halte boulevard Michel-de-Montaigne permet de distinguer les édifices caractéristiques comme le Palais de justice, réalisation néo-classique de l’architecte Louis Catoire. Le boulevard marquant la limite de l’enceinte médiévale, nous entreprenons par la rue Éguillerie la découverte du secteur sauvegardé dans un circuit laissé aux bons soins de notre guide. De la « Maison du pâtissier », place Saint-Louis, aux hôtels d’Abzac de la Douze et Fayard, rue Limogeanne, en passant par l’hôtel de Fayolle, siège de la Société historique et archéologique du Périgord, d’arrière-cours en porches et escaliers, la succession de ces hôtels particuliers impressionne. Mais c’est sans doute la découverte de l’hôtel de Lestrade, place du Coderc, avec son magnifique escalier Renaissance, ses colonnes et ses plafonds à caissons qui suscite le plus d’émotion.

Au terme de notre parcours, nous voilà devant la cathédrale Saint-Front. D’abord simple église abbatiale du monastère du même nom, elle a été érigée au XIe siècle et achevée au XIIe, sur un plan en croix grecque surmontée de cinq coupoles, reproduction de l’église Saint-Marc de Venise, celle-ci, dit-on, s’inspirant de l’église byzantine des Saints-Apôtres. Saint-Front finit par remplacer au XVIIe siècle l’antique cathédrale Saint-Étienne en partie détruite par les guerres de Religion. Le reste de l’histoire de l’édifice n’est pas sans analogie avec la cathédrale de Cahors, elle aussi à coupoles. Recouverte d’une charpente, Saint-Front eut à subir une restauration intégrale entre 1852 et 1895 par l’architecte diocésain Paul Abadie, le constructeur de la basilique du Sacré-Cœur à Paris. Nous ne reprendrons pas ici la discussion ouverte sur les choix radicaux de Paul Abadie qui n’a laissé d’authentiquement médiéval que les cryptes et le clocher du XIIe siècle. L’intérieur de l’édifice n’offre pas la simplicité de la cathédrale de Cahors ; le plan en croix grecque et la nécessité de soutenir l’imposant clocher placent l’autel en une position centrale inhabituelle et compartimentent l’espace en quatre nefs. Le mobilier est bien sûr très hétérogène en raison des nombreuses destructions et de la reconstruction de l’édifice. Nous nous arrêtons un instant pour admirer l’immense et magnifique retable du XVIIe siècle – transporté dans la cathédrale depuis la chapelle de l’église des Jésuites de Périgueux et consacré à l’assomption de la Vierge Marie – , les stalles originaires de l’abbaye de Ligueux et les énormes lustres dessinés par Abadie qui éclairèrent à Notre-Dame-de-Paris le sacre de Napoléon III.

Quittant la cathédrale par son aile ouest donnant sur la place de la Clautre, nous découvrons la perspective de l’ancienne église mérovingienne présentant une nef unique à charpente mais aujourd’hui à ciel ouvert. Aux quatre angles subsistent les piliers destinés à soutenir une coupole jamais construite.

Une ultime boucle nous ramène de la place de la Clautre, elle aussi bordée de beaux hôtels particuliers, vers le boulevard Montaigne où nous prenons congé de notre excellente guide au terme d’une journée bien remplie.

Nous ne pouvons achever ce compte-rendu sans rendre un sincère hommage au dévouement de Simone Denjean qui a assuré sans interruption depuis 1979, trente-sept ans durant, la lourde tâche de l’organisation matérielle des sorties, les précédant par de nombreux « repérages » et veillant au confort des sociétaires jusqu’au contenu de leur assiette à la plus grande satisfaction de tous. À cette occasion, nous remercions chaleureusement Mmes Mariotto et Pendino de proposer leurs services pour assurer en tandem cette difficile succession de Commissaire aux excursions.

[1] - Raconte-moi Périgueux,  textes Martine Balout et Michel Testut, illustrations José Correa, Périgueux, La Lauze éd., 2004
- Avec Arnaud Galy, Périgueux, capitale emblématique et énigmatique, Niort, Geste éditions, 2010, 126 p.

- Périgueux, capitale du Périgord, 5 balades en ville à travers plus de 2000 ans d’histoire !, Niort, Geste éditions, 2014, 60 p.

                                                                                                                     

                                                                                                                          Patrice Foissac

                        

SORTIE DU DIMANCHE 18 OCTOBRE 2015 À FIGEAC

Tous les Quercinois pensent bien connaître Figeac pour avoir parcouru ses ruelles, visité quelques-uns de ses monuments emblématiques au premier rang desquels le musée Champollion désormais Musée des écritures. Mais la SEL sait d’expérience que les meilleures visites sont celles confiées aux spécialistes : elle remercie d’emblée le Service du patrimoine de la Ville et ses amis de l’Association de sauvegarde de Figeac et ses environs (ASFE) d’avoir joué auprès de lui le rôle d’ambassadeur pour nous permettre de disposer, un dimanche, des meilleurs guides. Nous avons fait le choix, en accord avec nos hôtes, d’ignorer les monuments les plus accessibles en visites individuelles (églises N.-D.-du-Puy, église Saint-Sauveur, Musée des écritures) pour nous concentrer sur quelques lieux plus difficiles d’accès ou de moindre notoriété.

Le point de rendez-vous était la première étape d’un programme chargé. Il s’agissait de retrouver, après leur restauration en 2009, les salons de l’ancien séminaire puis collège de Figeac, édifié dans le dernier quart du XVIIe siècle et devenu musée de l’histoire de la ville. Notre guide, après une brève description d’un extérieur d’un classicisme austère – pluie oblige – et du contexte historique de la construction du collège, nous a offert une visite complète de son aile sud. Sous les portraits d’Antoine de Laborie, curé de Notre-Dame-du-Puy, son fondateur, et celui de Raymond Bonal, de l’ordre enseignant des bonalistes, nous avons pu admirer dans les différentes pièces de l’étage, les sculptures sur bois mais surtout les peintures murales sur lambris et toile qui font l’originalité et la grâce du lieu. Dans un style naïf, ils se déroulent dans le salon principal en trois niveaux superposés : un niveau inférieur consacré à des scènes champêtres, un niveau médian retraçant la conversion de l’empereur Constantin et enfin un niveau supérieur de scènes religieuses, essentiellement christiques. La décoration des autres salons est réduite à deux niveaux mais continue à séduire par sa profusion et la qualité de la restauration effectuée après le terrible incendie de 1982. N’oublions pas de signaler que les locaux abritent le Musée d’histoire de la ville de Figeac qui laisse admirer quelques belles pièces (archéologie, tableaux…) dans un ensemble certes hétéroclite mais ô combien sympathique.

Notre guide nous confiait à une de ses collègues qui, en dépit d’une pluie battante, n’hésitait pas à nous engager dans la visite attendue des maisons médiévales de Figeac. Nous avons à cette occasion une pensée amicale pour Anne-laure Napoléone, plusieurs fois sollicitée par la SEL, qui a su, dans une belle thèse, en analyser l’admirable architecture. Là aussi de superbes restaurations sont à mentionner même si, parfois, leur radicalité peut paraître abusive. Nous ne ferons pas l’injure à nos sociétaires de répéter les explications abondamment fournies par notre guide sur la splendeur des façades, leurs baies ternées ou géminées, leurs nombreux oculi, mais aussi les plus discrets aménagements sur cour et les transformations apportées par les propriétaires eux-mêmes aux différentes époques.

Dans ce parcours très complet, signalons tout de même la halte appréciée à l’Hôtel de la Monnaie dont nous avons pu admirer l’intérieur, en particulier la grande salle et ses vestiges de peintures murales.

Nous ne pouvions pas davantage ignorer le « Château Balène », monument emblématique de la prospérité de ces marchands figeacois, partenaires de nos marchands cahorsins quand ils ne leur étaient pas assimilés… Ce palais urbain édifié au XIVe siècle et sans cesse remanié, devenu dès le début du XVe siècle propriété de la ville partage ses vicissitudes : siège de la lieutenance de la sénéchaussée dès 1402 puis temple de 1576 à 1622, il devient ensuite prison et palais de justice jusqu'en 1880. L'architecte figeacois Paul Bories le transforme notablement pour y installer un théâtre-salle des fêtes au début du XXe siècle.

La « Table de Marinette », le restaurant de notre déjeuner commun s’est montré tout à fait à la hauteur de sa réputation d’accueil et de gastronomie. Nous remercions sa directrice ainsi que tout le personnel pour l’agréable et réparateur moment que nous avons passé là. Nous y avons retrouvé avec  grand plaisir nos hôtes figeacois et fidèles amis de l’ASFE : le docteur Bernard Cantaloube, président, accompagné de nos sociétaires Jacques Bouquié et Philippe Calmon. N’oublions pas d’évoquer le pieux souvenir de Simone Foissac et Gilbert Foucaud, sociétaires, grands historiens de la ville, à qui la municipalité a su rendre un juste hommage puisque deux de ses rues portent désormais leur nom. 

Nous avons rejoint en tout début d’après-midi l’annexe du Musée des écritures pour découvrir l’exposition temporaire « Cacher, coder : 4000 ans d’écritures secrètes ». Benjamin Findinier, son directeur, nous faisait l’honneur et l’amitié de nous faire lui-même parcourir cette exposition temporaire passionnante qui nous a fort logiquement conduit à accroître le traditionnel retard sur le programme de l’après-midi. En effet, cette science fait ici l’objet d’un parcours chronologique complet, des premiers essais de cryptage ou de codage aux techniques les plus sophistiquées de notre époque. L’exposition s’appuie sur de remarquables documents prêtés par les plus grands musées, institutions ou collections particulières. Si nous nous contentons de ne puiser que quelques jalons dans la masse d’explications qui nous a été offerte, certains se souviendront des courriers chiffrés de la reine Marie-Antoinette ou de Napoléon en Espagne, d’autres retiendront plutôt la présence de la fameuse machine allemande de la Seconde Guerre mondiale « Énigma » dont le décryptage par les services alliés constitua une des clés de la victoire. De nombreuses questions et la promesse de chaudes recommandations témoignent du succès de cette visite originale.

La deuxième étape de l’après-midi était consacrée à la découverte d’un faubourg, le barri d’Aujou, de l’ancien couvent des carmes et de son église devenue église paroissiale Saint-Thomas-Beckett en substitution d’une ancienne église détruite placée sous ce vocable. C’est Benjamin Philip, directeur des services du patrimoine de la ville de Figeac, qui nous a accompagnés sur un site aujourd’hui dévolu aux services publics assurant ainsi la préservation des vestiges du couvent. Le plan d’ensemble et les bâtiments de l’ancien cloître médiéval (fin du XIIIe siècle) restent partiellement visibles malgré les destructions opérées par les réformés lors du sac du couvent. On peut ainsi encore admirer le beau portail de la salle capitulaire. L’église actuelle a fait l’objet d’importants remaniements à la fin du XIXe siècle ; elle conserve quelques traces de son aspect médiéval au chevet, dans la sacristie, et abrite quelques peintures sur toile intéressantes (Jésus et la femme adultère ou le Christ pleuré par les saintes femmes).

Enfin c’est par la visite de l’exposition « Figeac dans la Première Guerre mondiale » dans les locaux de l’hôtel de ville que nous avons achevé cette journée riche en découvertes. Nous ne nous attarderons pas sur le contenu de cette seconde exposition temporaire puisque, dans ce même Bulletin, Géraldine Frey nous fait le plaisir de nous offrir une enquête exhaustive sur le sujet.

Qu’il nous soit permis de rendre un hommage appuyé à tous ceux de nos guides qui ont sacrifié une grande partie de leur dimanche et, en particulier, à Benjamin Findinier et Benjamin Philip qui nous ont généreusement offert la gratuité des visites. Nous en ferons bien entendu profiter les sociétaires présents ce jour-là.

                                                                                                              Patrice Foissac

Pour prolonger et approfondir cette visite, nos lecteurs pourront consulter, outre la base « articles » de notre BSEL (articles récents de Philippe Calmon, Géraldine Frey et Corentin Pezet) les ouvrages suivants :

-          Philippe Calmon, Simone Foissac, Gilbert Foucaud, Histoire de Figeac, Figeac, Mairie de Figeac, 1998.

-           Anne-Laure Napoléone, Figeac au Moyen Âge. Les maisons du XIIe au XIVe siècle, thèse nouveau régime sous la direction de Mme Pradalier-Schlumberger, Université de Toulouse-Le Mirail, 1993, Association de Sauvegarde de Figeac et de ses Environs, Figeac, 1998.

-          Anne-Marie Pêcheur, Nelly Blaya, Figeac, le langage des pierres, Éditions du Rouergue-Ville de Figeac, 1998.

 

Maisons d'écrivains dans le Lot : 
 
M. Benjamin Findinier, directeur des Musées de Figeac, mais aussi président de la Fédération nationale des maisons d'écrivain et des patrimoines littéraires (http://www.litterature-lieux.com), souhaite recenser et mettre en valeur les maisons d'écrivain dans le Lot, de Clément Marot à André Breton.
Merci de nous faire part de vos suggestions que nous lui transmettrons.
 
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SORTIE DU JEUDI 6 AOÛT : MONTCABRIER ET PESTILHAC

Notre sortie d’été s’est inscrite cette année dans un cadre géographique restreint mais historiquement très riche, un couple bastide-castrum : le village de Montcabrier et les ruines de la forteresse de Pestilhac. Nous avions également une promesse à honorer, celle faite à Jean Denis Touzot, libraire parisien bien connu et quercinois de cœur, de visiter le Musée du Livre et de la Lettre qu’il a créé de toutes pièces à Montcabrier.

Les sorties d’été en Quercy encourent deux risques météorologiques dissuasifs : la canicule et l’orage. Nous avons cette année échappé d’extrême justesse au premier même si la chaleur a fini par se faire lourdement ressentir en fin d’après-midi. Heureusement, les ombrages de Pestilhac ont soulagé les 35 courageux sociétaires réunis ce jour-là.

La visite de Montcabrier s’est faite en deux temps, les locaux du Musée ne permettant pas de maintenir un groupe unique. Notre compagnie s’est donc scindée : un groupe pour le Musée, sous la conduite de M. Touzot, l’autre pour la visite guidée de la bastide, confié, sur les conseils de M. Touzot, à M. Max Pons. Les plus anciens se souviennent de cet érudit, féru de littérature et de poésie, éditeur de la revue La Barbacane, qui fut le conservateur, le guide et pour tout dire l’âme du château de Bonaguil durant des décennies.

Le Musée du Livre et de la lettre est un lieu magique pour tous les bibliophiles. Il l’est d’autant plus quand Jean Denis Touzot guide le visiteur à travers les siècles, de Gutenberg et des premiers incunables à notre époque où, face au numérique, l’édition papier vit peut-être ses derniers instants. Il faudrait un Bulletin complet pour rendre compte de la richesse de la collection personnelle rassemblée dans cette simple maison de la bastide de Montcabrier. Le rez-de-chaussée est consacré au parcours chronologique et notre guide nous explique devant chaque vitrine, autour de pièces rares,  les techniques et les goûts de chaque époque : cuirs sur planchettes de bois et fermoirs métalliques des débuts de l’imprimerie, persistance du décor calligraphié et des enluminures, évolution des formats, techniques de catalogage, personnalisation des ouvrages, etc. L’étage est entièrement consacré au Quercy et offre au visiteur une exceptionnelle collection de placards et d’affiches, notamment de l’époque révolutionnaire, de lettres autographes et documents de Quercinois célèbres : Murat, Bessières, Gambetta, etc. L’heure et demie passée par chaque groupe nous a encore parue insuffisante tant ce Musée regorge de ressources.

Il y a donc eu unanimité chez nos sociétaires pour émettre deux vœux. Le premier est la promesse d’y revenir à titre individuel et sans contrainte horaire. Le second s’adresse aux collectivités publiques : il nous paraît inconcevable d’abandonner J. D. Touzot à ses seules ressources financières pour maintenir et développer ce Musée, unique à notre connaissance dans la région. Nous interviendrons auprès d’elles en ce sens.

La visite du village de Montcabrier obligeait à des choix stratégiques et c’est fort logiquement que Max Pons a réuni « son » groupe dans l’église Saint-Louis pour un bref historique de la bastide.

Les lieux ne sont pas inconnus de nos plus anciens sociétaires qui gardent en mémoire les articles ou notices de Louis d’Alauzier, Jean Lartigaut, Gilles Séraphin et Valérie Rousset parus dans notre Bulletin ou dans les Mémoires de la Société archéologique du Midi de la France (SAMF). Nous ne rappellerons donc ici que quelques caractéristiques essentielles. En premier lieu l’existence d’une des « grandes » baronnies du Quercy, celle d’un lignage prestigieux mais encore mal connu : les sires de Pestilhac, présents dès le XIe siècle dans le cartulaire de Moissac. Leur territoire, sous divers avatars, s’inscrivait dans un vaste triangle ayant pour sommets le castrum de Domme-Vieille, Soturac et, remontant la vallée du Vert, Mechmont-de-Guerre. La famille s’est assez tôt scindée en plusieurs branches, respectant en cela une coutume de partage successoral égalitaire que Didier Panfili, spécialiste des lignages du Bas-Quercy, rappelait encore récemment lors d’une conférence à Cahors : Pestilhac, Bonafous (à l’origine un prénom), Cazals, Guerre (le surnom du fils d’Amalvin de Pestilhac)… C’est ainsi que l’un des plus connus de ses membres, Amalvin de Pestilhac, hommageait à Alphonse de Poitiers, en 1259, pour seulement 1/32e de Pestilhac ! Peut-être apparenté aux Luzech si l’on fait confiance à une anthroponymie où abondent les Gausbert, Isarn, Amalvin, vassal en tout cas des Gourdon, le lignage reste fidèle au comte de Toulouse durant la croisade des Albigeois et, comme d’autres, subit les confiscations qui frappent les vaincus. Le rattachement du comté de Toulouse au domaine royal entraîne un deuxième affaiblissement avec la création, sur le domaine des Pestilhac des bastides de Villefranche-de-Périgord (1261), Domme (1291), puis Montcabrier, après un pariage plus ou moins imposé en 1287, et enfin Cazals. C’est donc le sénéchal royal de Périgord et Quercy, Guy de Cabrier, qui fonde la bastide portant son nom, bastide dotée en 1298 de coutumes qui officialisent sa création. Les Pestilhac et leurs vassaux mèneront durant un siècle une véritable guérilla sur les terres épiscopales et contre les habitants de la proche bastide, leurs ex-feudataires. C’est donc dans une logique de reconquête et de vengeance que les sires de Pestilhac choisissent très tôt le parti anglais durant la guerre de Cent Ans. Mauvaise inspiration qui provoquera la ruine définitive du site éponyme avant que le lignage ne disparaisse définitivement dans des alliances matrimoniales avec les Luzech, de Jean ou Pélegri.

Montcabrier conserve donc un plan de bastide traditionnel avec sa place centrale carrée dont la halle a été partiellement transformée en mairie, ses possibles couverts, ses îlots dont huit seulement ont été lotis sur les douze prévus à l’intérieur d’une trop vaste enceinte dont subsistent plusieurs pans de muraille, une tour d’angle et une porte fortifiée (feuillure de herse encore visible). Plusieurs maisons conservent encore des traces du passé médiéval (arcades de boutiques, fenêtres géminées, entremis, etc.) et moderne (croisée renaissance près du Musée, poivrière d’angle sur une maison de notable, etc.).

1 : Montcabrier. Porte fortifiée.

 


2 : Montcabrier. Fenêtres géminées (XIVe siècle).

 

3 : Montcabrier. Fenêtre (fin XVe siècle ?) à décor végétal (roses et vigne).

L’église Saint-Louis, Monument historique, serait, dans ses parties les plus anciennes (fin XIIIe-début XIVe siècle), contemporaine de l’édification du massif occidental de la cathédrale de Cahors. Dominée par un clocher-mur à cinq baies campanaires, elle offre au visiteur un portail gothique de belle facture orné d’une rosace surmontant un dais qui abritait peut-être une statue de saint Louis ou de la Vierge. La nef comportait initialement quatre travées et s’alignait sur les façades voisines donnant sur la place mais un coup de foudre survenu en 1889 a entraîné une reconstruction pratiquement à l’identique mais en léger retrait, l’une des travées ayant été supprimée. L’intérieur, en partie gâché par des joints grossiers au ciment, abrite, sur un chevet plat, un beau retable du XVIIe siècle, très fatigué, qui menace même de s’effondrer si une restauration rapide n’intervient pas. Il abrite aussi dans une des deux chapelles flanquant la nef une statue-reliquaire d’un saint Louis barbu (chapelle nord). 


4 : Montcabrier. Portail de l’église Saint-Louis sous clocher-mur (fin XIIIe-début XIVe siècle).


5 : Montcabrier. Église Saint-Louis, retable (XVIIe siècle).

Après avoir pris congé de nos hôtes que nous remercions vivement une fois encore, la visite a réuni les derniers sociétaires sur le site du castrum de Pestilhac – qui fut aussi le siège d’un archiprêtré –, perché sur un éperon rocheux dominant la vallée de la Thèze, face à Montcabrier. Il fait partie d’une propriété privée et aurait été inaccessible sans l’aimable autorisation de sa propriétaire obtenue par notre bibliothécaire, Guylène Serin, que nous remercions doublement pour avoir ensuite défriché un accès à travers l’épaisse végétation qui le recouvre. Après un bref rappel de l’histoire mouvementée du lignage et du site, nous avons gagné le cœur de la forteresse, laissant les plus courageux nous rejoindre par ses flancs escarpés qui conservent les vestiges de plusieurs maisons de chevaliers. La topographie des lieux a été restituée par Louis d’Alauzier, Jean Lartigaut et Gilles Séraphin : nous donnons ci-dessous un aperçu du plan dessiné par ce dernier. C’est autour des deux chapelles romanes jumelles et de la tribune seigneuriale, qui les unit et domine, que notre groupe s’est retrouvé pour aussitôt unanimement déplorer le lamentable état de ces monuments, envahis par la végétation, livrés aux pilleurs qui ont arraché et emporté une grande partie des chapiteaux ornés du chevet de la chapelle castrale du XIIe siècle (Jean Delmon nous apprend alors que ces chapiteaux sont décrits dans un bulletin de la Société archéologique et historique du Tarn-et-Garonne). Nous n’aurons pas la prétention d’aller plus loin dans la description d’un site parfaitement documenté par l’étude exhaustive publiée par G. Séraphin dans les Mémoires de la Société archéologique du Midi de la France. Signalons tout de même à l’attention des pouvoirs publics que les dernières traces de décor peint (faux appareil, ciel étoilé et bandes ocre-rouge) menacent de disparaître à jamais et qu’il faudrait également tenter de prévenir l’écroulement prochain de la magnifique tribune.

En raison de l’heure tardive nous n’avons pas prolongé la sortie par la visite prévue de l’église paroissiale Notre-Dame située, avec son cimetière, sur un promontoire à quelques centaines de mètres du castrum. Cette église romane offre sur son abside en cul-de-four une intéressante série de modillons et de métopes perforées, dans la tradition de nombreuses églises et chapelles du Fumélois.


6 : Pestilhac, la pointe sud de l’éperon dominant la vallée de la Thèze.


7 : Pestilhac. Plan du castrum (G. Séraphin, MSAMF, 1993).

 

7 : Pestilhac. L’arc triomphal et les premières colonnes du chœur de la plus récente des deux chapelles accolées (XIIe siècle).

 

Bibliographie :

-          Louis d’Alauzier, « La communauté de Montcabrier au XIVe siècle », BSEL, t. LXXIII, 1952, p. 205-209.

-          Jean Lartigaut, « Mechmont-de-Guerre et les Pestilhac », BSEL, t. CII, 1981, p. 219-239.

-          Gilles Séraphin, « Les tours et constructions civiles à angles arrondis dans les castra médiévaux du Fumélois », Mémoires de la Société archéologique du Midi de la France, t. LIII, 1993, p. 169-185.

-          Max Pons, Montcabrier, une bastide en Quercy, Puy-L'Évêque : Éd. de la Barbacane, 2009.

-          Nicolas Bru (dir.), Archives de pierre. Les églises du Moyen Âge dans le Lot, Milan : SilvanaEditoriale, 2011, p. 246-248 (notices n° 253, 255, 256).


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SORTIE DU DIMANCHE 7 JUIN : CHÂTEAUX DE BELCASTEL ET BOURNAZEL

Notre sortie foraine du mois de juin était consacrée cette année au Rouergue avec la visite de deux châteaux : Belcastel et Bournazel, choisis à la fois pour leur relative proximité mais aussi pour leur complémentarité, le premier ayant gardé son allure de forteresse médiévale, le second ayant été radicalement transformé à la Renaissance.

Le rendez-vous matinal du covoiturage, que nous continuons à pratiquer avec succès, était fixé sur l’esplanade du château de Belcastel, entre Villefranche-de-Rouergue et Rodez. Une trentaine de participants étaient prêts à prendre d’assaut la forteresse, perchée sur un éperon rocheux, en surplomb de l’un des plus beaux villages de l’Aveyron. Bâtie sur cinq niveaux, elle doit sa restauration, encore partielle, au célèbre architecte et urbaniste Fernand Pouillon (1912-1986) qui en fit sa résidence et dont le souvenir est encore entretenu dans une salle. Elle est restée propriété privée et la restauration se poursuit encore aujourd’hui ; les nouveaux propriétaires, outre une exposition permanente d’armes et d’armures, accueillent des expositions temporaires et logent des hôtes de passage dans une partie privée non visitable (donjon).

La tradition veut que le château ait été édifié autour d’une chapelle du IXe siècle pour protéger le passage sur l’Aveyron et son pont roman. Édifié ou possédé par la famille éponyme au XIe siècle, il aurait été ensuite acquis par les comtes de Rouergue puis inféodé au cours de la guerre de Cent Ans aux Saunhac. Des Saunhac, le château passe par mariage aux Morlhon (1546) – dont une branche fera souche en Quercy – puis aux Buisson de Bournazel (1592) qui le possèdent jusqu’à la Révolution. Mais dès le XVIIe siècle, l’austère forteresse n’est plus qu’une ruine.

L’enceinte polygonale qui barre le promontoire dominant l’Aveyron était à l’origine flanquée de cinq tours rondes dominées par un puissant donjon de 28 m. Les abords du château surprennent par la présence, du côté de l’attaque, de douves que l’on n’attendait pas sur un piton ; elles ont pour origine le captage d’un torrent complété par tout un système de retenues d’eau. Le pont-levis franchi, on accède à une étroite cour intérieure, à la base du donjon. Cette cour en demi-lune aurait été ainsi conçue, nous dit-on, pour permettre aux chevaux de faire demi-tour. C’est par elle que nous accédons à la partie basse de la forteresse et à la chapelle castrale. La chapelle est précédée à un niveau supérieur par une vaste salle dont l’enduit partiellement conservé invite à croire à la présence d’une citerne. La chapelle voûtée, très étroite, conserve la trace de peintures murales et aurait abrité au moins deux sépultures datées de la présence des Saunhac. La visite se poursuit par les salles du logis dont les ouvertures en croisées témoignent d’une première restauration à la toute fin du XVe siècle. De la traditionnelle « salle des gardes », nous passons aux étages supérieurs qui offrent une superbe vue sur le village. Ils ont été entièrement restaurés et abritent aujourd’hui les expositions que nous évoquions en introduction. L’exposition permanente est consacrée aux armes et armures acquises par l’actuel propriétaire étatsunien et son plus beau fleuron est la copie d’époque d’une armure de parade du roi de France Henri II. On regrettera seulement le caractère quelque peu anachronique de certaines reconstitutions d’hommes d’armes à cheval, dont un improbable « Prince Noir », mais c’est là la rançon que doivent acquitter les visiteurs pour accéder à des propriétés privées.

 

L’heure du déjeuner étant proche, le départ pour Bournazel autorise tout de même un bref crochet par le village de Belcastel qui s’étire dans l’étroite vallée de l’Aveyron. Nous aurions pu nous y restaurer mais sa table renommée aurait sans doute entraîné le sacrifice de l’après-midi… « Notre » restaurant, soigneusement choisi par Simone Denjean, plus accessible, occupe une place stratégique imparable puisqu’il se situe à quelques mètres à peine du lieu de la prochaine visite, le château de Bournazel. Un menu étudié et un service zélé nous permettent – c’est une première à signaler – de respecter impeccablement l’horaire de la visite guidée de l’après-midi.

 

Le château de Bournazel offre un spectacle bien différent de celui de Belcastel puisque sa reconstruction s’inscrit entièrement dans la période de la Renaissance même si quelques tours altières, vestiges médiévaux, rappellent qu’il y eut là une autre forteresse. Bâtie sur un plan rectangulaire à une haute époque mal déterminée, là aussi par la famille éponyme, la vaste forteresse médiévale est reconstruite au XVe siècle, à l’issue de la guerre de Cent Ans. Mais elle est à nouveau en grande partie détruite et remaniée à partir de 1540, à l’époque des guerres d’Italie, par la famille de Buisson, pour devenir une résidence de plaisance et un lieu de réception. Au rappel de ces circonstances, Le Quercinois ne peut alors s’empêcher de penser aux châteaux d’Assier et Montal contemporains de cette reconstruction puisque son commanditaire, Jean II de Buisson, s’illustre lui aussi dans les batailles des guerres d’Italie...

Les travaux débutent alors par l’aile nord ; ils sont achevés dès 1545 pour cette première tranche. La façade sur cour de l’aile nord, qui à elle seule justifierait la visite, se caractérise par une composition régulière ordonnée en travées, sur trois niveaux, avec superposition des ordres classiques (dorique, puis ionique et enfin corinthien). Cette façade présente l’intégralité du répertoire décoratif de la Renaissance, largement inspiré de l’Antiquité gréco-romaine, avec les métopes et triglyphes des frises qui offrent un riche décor de candélabres, médaillons, guirlandes, panoplies, bucranes, putti, etc.

L’achèvement de l’aile orientale est un peu plus tardif ; il est daté de 1555. L’inspiration antique est plus que jamais présente mais le rythme des travées est cette fois différent puisque, pour ces pièces destinées à la réception, l’architecte ouvre de larges arcades sur la cour intérieure. Moins visible depuis la cour, le décor s’installe cette fois sur l’intrados des arcades dans des caissons dont nous ne pouvons malheureusement pas admirer le décor de plus près, faute de temps.

La reconstruction du château a été interrompue par les guerres de Religion, elle ne sera pas achevée et l’édifice connaît ensuite un long déclin jusqu’au pillage révolutionnaire qui le réduit à l’état de ruines. Il est sauvé d’une disparition complète par les houillères de Decazeville qui en font une maison de retraite et de santé pour leurs salariés avant de le revendre à des particuliers.

Nous pénétrons à l’intérieur du château par un magnifique escalier à mur noyau et moitiés tournantes qui rappelle à nos sociétaires avertis que cette technique a été utilisée à l’archidiaconé Saint-Jean de Cahors, qui abrite nos locaux, avec une antériorité d’une dizaine d’années.

L’intérieur du château a été magnifiquement restauré, nous y reviendrons, et est entièrement décoré et meublé dans le style de sa construction initiale, chose rare. À vrai dire, les propriétaires ont rassemblé là une collection qui constitue un véritable musée du mobilier de la Renaissance. Il serait fastidieux d’énumérer les pièces rassemblées, même en s’en tenant aux plus remarquables. Nos sociétaires, ravis,  se promettent d’y revenir !

La visite guidée – n’oublions pas de féliciter notre excellente guide – s’est terminée par la projection d’un film retraçant la restauration récente du château. C’est en effet une opération considérable menée par son nouveau propriétaire pour un coût non négligeable. Les travaux ont été réalisés en concertation étroite avec les autorités compétentes et ont pu bénéficier du savoir-faire des meilleurs artisans du Rouergue et d’ailleurs, experts dans leur domaine respectif. Un autre projet doit être réalisé à assez brève échéance, celui de la construction d’un vaste ensemble de jardins, agrément et potager, respectant là aussi les cohérences temporelle et spatiale, l’esprit de la Renaissance.

C’est sur cette bonne nouvelle, promesse d’une autre visite, que nous nous sommes séparés au terme d’une sortie qui, de l’aveu de tous, a été l’une des plus réussies de ces dernières années.

               

           

                                                                                

                                                                                                                           Patrice Foissac

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SORTIE DU 1er AOÛT 2013 À L’ABBAYE DE BEAULIEU, À GINALS (12)

Notre société fut accueillie en cette belle après-midi d’été par notre consœur, Pascale Thibault, conservateur de l’abbaye Sancta Maria de Belloc, et des châteaux de l’État du département du Lot (Castelnaux-Bretenoux, Montal, Assier) qui a eu l’amabilité de nous recevoir dans ce haut lieu de l’architecture cistercienne en Rouergue. Le cheminement le long du ruisseau de La Seye permit à notre hôte d’aborder les principes fondateurs de la réforme cistercienne, édictés par le retour à la règle de saint Benoît de Nursie au VIe siècle : silence, pauvreté, prière, charité et travail. La terre donnée par le seigneur du Cuzoul, Archambaud de Valette, à Adhémar III, évêque de Rodez en 1144, fut donc, à distance des établissements humains, avec ses terres cultivables en fond de vallée, ses bois et son ruisseau, un lieu idéal pour la vie spirituelle, les travaux agricoles et pastoraux des moines blancs.

Les premiers bâtiments de la quarante-cinquième fille de Clairvaux, construits peu après la fondation, ont disparu. Dans la première moitié du XIIIe siècle, des donations de biens fonciers et de dîmes de seigneurs locaux assurèrent plusieurs campagnes de construction dont témoignent la salle capitulaire, inscrite dans l’aile des moines à l’est du cloître, ainsi que le grand cellier des frères convers à l’ouest. Placées sous des voûtes à épaisses nervures de section rectangulaire, elles participent aux expérimentations des voûtements sur croisées d’ogives. Au-dessus de la salle capitulaire, que jouxtait au nord la chapelle de l’abbé, se situait le dortoir des moines, incendié durant les guerres de Religion. Le cellier des convers, remarquable par sa composition en deux vaisseaux et la puissance de ses voûtes, reçues par un alignement de colonnes ornées de chapiteaux sculptés de feuilles d’eau terminées en crochet, était contigu à un passage et un réfectoire.

L’église abbatiale disposée au nord renferme les traces d’un premier édifice élevé sans doute vers 1178. Sa nef unique ouvrant sur un transept associé à deux chapelles à chevet plat et sur un chevet polygonal est le fruit d’une campagne de reconstruction dans le dernier quart du XIIIe siècle, sous la direction de Guillaume de Verfeil. Le chantier débuta dès 1275 par l’édification du chevet, suivie par celle du transept et de la nef achevée en 1291 et percée tardivement – au début du XIVe siècle – d’un portail ouest. Bien que l’on distingue dans la nef plusieurs phases, les voûtes sur croisées d’ogives en tore en amande ainsi que le décor de feuillages naturalistes des culots et des chapiteaux désignent un programme homogène révélateur de l’introduction des modèles français dans le Midi.

Le cloître et son préau charpenté disparurent en 1562 lors de la prise des lieux par les protestants mais sont évoqués par des corbeaux fichés dans le mur méridional de l’abbatiale, des éléments maçonnés découverts lors de fouilles et des éléments lapidaires parmi lesquels des chapiteaux feuillagés liés à l’origine à des doubles colonnettes.

Jean de La Valette-Cornusson, abbé commendataire, procéda dès 1634 à la restauration de l’église et des bâtiments claustraux dont l’aile sud dans laquelle prirent place ses appartements enrichis par la suite au XVIIIe siècle de décors intérieurs.  

Le sort de l’abbaye parut scellé en 1791 lorsque, vendue comme bien national, elle devint la propriété de Joseph Perret, capitaine de la marine marchande, qui s’en tint à la seule valeur agricole des lieux. L’abandon de l’église, donnée par Perret à sa mort à la ville de Saint-Antonin-Noble-Val, était tel que Viollet-le-Duc proposa même de la démonter pour l’y transférer.  En 1959, Pierre Brache et Geneviève Bonnefoi acquirent le site, œuvrèrent avec l’aide de l’État à sa restauration, et firent des lieux l’écrin de leur collection d’œuvres d’art, des années 1940 à nos jours (Dubuffet, Michaux, Vieira Da Silva…) qu’ils léguèrent en 1974 à la Caisse nationale des Monuments historiques et des Sites.   

Une collation offerte dans le cellier des frères convers termina notre visite et fut l’occasion de remercier très chaleureusement Pascale Thibault pour son accueil et la qualité de sa présentation que l’on peut souhaiter voir éditée dans un prochain opus des Itinéraires du Centre des Monuments nationaux. 

Valérie Rousset

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L’église et l’aile des moines de l’abbaye de Beaulieu.

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  SORTIE DU 20 OCTOBRE AUTOUR DE MONTCLÉRA ET SAINT-CAPRAIS

 Répondant à l’aimable invitation de M. Jean Dupuy, propriétaire du château de Montcléra et président de la section  lotoise des Vieilles Maisons Françaises, nous avions mis au programme de cette sortie d’automne la visite  matinale de l’église et du château de Montcléra puis, après un repas sur place, celle de l’église de Saint-Caprais.  Sous la conduite éclairée de notre hôte et de son ami Jacques Josse, peintre restaurateur de renom, renforcés par  les compétences d’historienne de notre sociétaire Françoise Auricoste, le groupe des fidèles de nos sorties s’est  réuni dans l’église du village. Françoise Auricoste nous y a rappelé l’histoire des lieux marquée par l’exploitation du  fer dont elle a opportunément rappelé toute l’importance dans cette région pauvre et austère de la Bouriane. Au  cours des siècles, l’église paroissiale Saint-Pierre qui a extérieurement conservé l’essentiel de son caractère  roman a fait l’objet de plusieurs restaurations et remaniements que Jean Dupuy et Jacques Josse ont pu nous faire apprécier, tout en nous livrant quelques anecdotes amusantes sur les aléas des inhumations seigneuriales, l’édifice  portant d’ailleurs les vestiges d’une litre funéraire aux armes des seigneurs du lieu. Leur demeure n’étant distante q ue de quelques dizaines de mètres, la visite du château, propriété privée, a occupé le reste de la matinée.

Successivement occupé par les Commarque, les Gironde et enfin la famille de notre hôte depuis 1826, le château  de Montcléra a conservé de sa fonction militaire un imposant châtelet d’entrée, carré, couronné de mâchicoulis et  muni de pont-levis. Sa construction pourrait dater des troubles des guerres de Religion. À l’origine, une vaste  enceinte à tours d’angles carrées entourait l’édifice ; il n’en subsiste que deux, la plus importante, proche du  châtelet, portant encore une échauguette d’angle. En pénétrant dans la vaste cour, Jean Dupuy nous fait observer les vestiges probables d’un premier bâtiment, antérieur à l’essentiel de l’existant datable de la fin du XV° siècle. Le logis est flanqué de deux tours circulaires aux angles et d’une troisième, à l’arrière du château, faisant office de tour d’escalier. C’est cette dernière qui présente, sur sa porte d’accès, un décor typique du gothique quercinois que nous retrouverons tout au long de notre sortie. Jean Dupuy nous fait les honneurs d’un intérieur en grande partie restauré par Jacques Josse dont le talent a su concilier impératifs techniques, confort et esthétique. La longue occupation des lieux par la famille Dupuy a permis de conserver un mobilier important et de préserver un décor parfois insolite, comme cette chaise à porteurs armoriée au grand salon de l’étage. Mais la meilleure surprise vint sans doute du tir d’artillerie dont nous gratifia notre hôte en remettant avec dextérité en service une couleuvrine à chargement par la culasse. Le projectile, un 

marron, détachant au passage quelques feuilles d’arbre, nous fit comprendre toute la redoutable efficacité de cette arme…

M. Aubry, maire de Saint-Caprais, nous ayant fait l’honneur de se joindre à notre groupe, nous a ensuite ramenés vers sa commune où un plantureux déjeuner nous attendait à l’auberge La Vieille Grange. À l’occasion du service d’une remarquable soupe de châtaignes, M. le Maire, lui-même producteur, nous a rappelé toute l’importance économique de la cueillette de ce fruit pour sa commune. Victime consentante de la gastronomie bouriane, ce n’est qu’assez tard dans l’après-midi que notre groupe a pu entreprendre la découverte de l’église du lieu. Cet édifice roman, remarquable par ses proportions altières et son allure élancée, a été récemment étudié par notre vice-présidente, Valérie Rousset, qui a donc fait office de guide, aidée par Françoise Auricoste pour la partie historique. Certainement entreprise au cours de la guerre de Cent Ans pour servir d’ultime réduit aux habitants, la surélévation complète et particulièrement réussie de l’église, de l’abside au clocher-mur, donne toute sa grâce au bâtiment. À l’intérieur, un remarquable ensemble mobilier ornemental a été réalisé au cours du XVIII ° siècle et restauré il y a peu de temps par M. Josse. Le retable en bois doré, le décor de gypseries, de style Louis XV, ainsi que les peintures de la voûte de l’abside et de l’arc triomphal ont retrouvé leur lustre passé.

La journée s’est achevée par la visite de la petite église de Saint-Étienne des Landes, en Périgord, qui dépendait, avant la Révolution, de la paroisse de Saint-Caprais. Ce modeste édifice roman, possédant par ailleurs quelques éléments communs avec l’église précédente, renferme dans son abside un décor de la fin du Moyen Âge présentant, sous le regard de Dieu le père, plusieurs scènes de la vie du Christ dont une très belle Annonciation. Cependant, le décor très altéré mériterait une restauration complète.

Il nous reste à remercier les nombreux sociétaires présents et nos hôtes, Jean Dupuy et M. Richard Aubry, maire de Saint-Caprais, pour cette très agréable journée.