Informations/Compte-rendus :

SORTIE DU DIMANCHE 6 JUIN EN AGENAIS
Une vingtaine de sociétaires étaient présents au rendez-vous donné devant l’abbaye de Saint-Maurin, première étape de notre traditionnelle journée foraine. Les bénévoles de l’association des « Amis de l’Abbaye de Saint-Maurin » (www.saint-maurin.a3w.fr) nous y attendaient pour nous guider dans la visite du site précédée de la découverte des deux petits musées consacrés l’un aux pièces récupérées dans les vestiges de l’abbaye et l’autre à un intéressant regroupement des outils des vieux métiers existant autrefois dans le bourg de Saint-Maurin et illustrant le remarquable degré d’auto-suffisance atteint par la société rurale à la fin du XIXe siècle. L’abbaye de Saint-Maurin est un monument remarquable dans un département qui compte assez peu d’établissements monastiques médiévaux car elle conserve, malgré sa ruine quasi-totale, quelques vestiges exceptionnels de l’époque romane. La tradition attribue la fondation de l’abbaye à la présence de Maurin, martyr céphalophore de la christianisation de l’Agenais, qui reposerait en ces lieux. La première mention d’un établissement monastique « s. Maurino agenense » remonte au tout début du XIe siècle et est confirmée par une pièce de l’an 1056 où est cité son premier abbé, Otger. En 1082, elle figure parmi les filles de Cluny, sans doute sous l’impulsion des Durfort, célèbre et puissante famille, également possessionnée en Quercy.


L’église abbatiale semble achevée ou du moins utilisable en 1097, date d’une dédicace remarquablement conservée sur les murs du transept.
Cette abbatiale, en grande partie ruinée durant la guerre de Cent Ans et les guerres de Religion, fut démolie en 1806 : il n’en reste malheureusement aujourd’hui que le bras sud du transept avec son absidiole, l’absidiole nord et deux travées du choeur où est venue curieusement se nicher l’école communale, les voûtes servant de préau. Le cloître laisse à peine deviner quelques arcatures et, des bâtiments conventuels, le château abbatial reconstruit en 1500 est le mieux conservé. Le bourg monastique constitué au détriment du vieux village de Ferrussac offre au visiteur quelques anciennes maisons en pan de bois.
L’étape suivante de notre circuit agenais nous a renvoyés plusieurs siècles en arrière avec la visite, à Castelculier, d’un site de villa galloromaine avec thermes, remarquablement mis en valeur par une scénographie dite « villascopia » qui combine scénovision, exposition et découverte des thermes. Un spectacle avec images de synthèse en trois dimensions (lunettes polarisantes indispensables !) évoquant dans le cadre de la villa une visite du grand poète aquitain Ausone et son neveu Paulin de Pella restitue assez habilement le site et replace les principales découvertes archéologiques dans le contexte des IVe et Ve siècles. Une jeune et fort sympathique animatrice prenait ensuite le relais pour nous conduire dans l’espace muséographique contigu et nous présenter les objets issus des fouilles de la villa (1986-1998) dont une magnifique statue de marbre de la déesse Minerve. La dernière étape de ce parcours antique nous permettait de découvrir le « jardin archéologique », c’est-à-dire les vestiges du complexe thermal de la villa, seul espace aujourd’hui accessible, un lotissement empiétant malencontreusement sur une grande partie des 1,5 ha du site. Cette remarquable et très pédagogique mise en valeur, issue d’un féconde collaboration entre aménageurs et universitaires bordelais, pourrait servir de modèle aux sites quercinois hélas encore en jachère.
Un fort copieux repas pris à Bonne-Encontre dans « l’Auberge d’antan » a sans doute alourdi la compagnie, lui donnant un retard certain à notre premier rendez-vous de l’après-midi, le prieuré de Layrac où notre guide, M. Bilheran, avait bien voulu rester fidèle. Cette étape nous faisait retrouver le thème de la journée « églises remarquables autour d’Agen ». En effet, Layrac est un important prieuré bénédictin situé dans cette région autrefois sauvage du Brulhois ou d’Outre-Garonne, marche nord de la Gascogne historique. La fondation d’un monastère sur ce site d’éperon dominant le Gers appartient à Hunaud ou Hunald, vicomte de Brulhois, en 1071, et peut s’enorgueillir de la visite du pape Urbain II venu, le 7 mai 1096, consacrer l’édifice. L’église est la seule partie du prieuré restée médiévale. Sa construction, faute de documents, doit se lire dans l’archéologie du bâti et cette lecture est difficile. L’ensemble actuel pourrait être une restauration ou reconstruction des XIe et XIIe siècles ; elle offre des dimensions respectables, une grande harmonie et un détail architectural intéressant : la plus grande coupole sur pendentifs plats de France. L’ornementation reste sobre : extérieurement des modillons à décor végétal ou géométrique, le décor historié se réduisant à quelques chapiteaux de la nef. C’est dans le choeur que se trouve l’élément le plus original : une mosaïque romane assez bien conservée illustrant une scène biblique, le combat de Samson contre les lions.
Notre retard ne nous permettant pas une visite plus approfondie des bâtiments modernes du prieuré de Layrac, nous avons atteint le terme fixé à cette journée en gagnant un autre haut lieu bénédictin, le prieuré de Moirax. Ce prieuré est, lui, réduit à sa seule église, les guerres de Religion ayant fait disparaître les autres édifices conventuels. L’initiative de la fondation semble appartenir au seigneur du lieu, le vicomte Guillaume VIII, qui donne en 1049 sa terre de Moirax à Cluny, la prestigieuse abbaye, qui manque alors de relais territoriaux dans son soutien actif à la Reconquista. Le prieuré agrège bientôt par les privilèges de sauveté tout un village aux premiers bâtiments conventuels et dynamise la conquête et l’exploitation de ce pays boisé. Malgré de nombreuses contestations lignagères des beau-frère, neveu et cousin du donateur, le
prieuré se développe et la construction de l’église semble achevée vers 1130-1140. C’est alors un édifice considérable de 54 m de longueur, doté d’un plan basilical : nef à bas-côtés, transept à deux absidioles et choeur prolongé dans son axe d’une unique abside. Notre guide, Mme Briou, jonglant entre les gouttes, nous fait découvrir le décor du portail (billettes et rinceaux), celui des chapiteaux où domine le végétal mais qui compte de très nombreux lions affrontés dans une symbolique qui, en dépit de quelques interprétations audacieuses, reste difficile à saisir.
Les quelques chapiteaux historiés renvoient aux thèmes vétérotestamentaires : Daniel et les lions, Adam et Ève autour de l’arbre et quelques autres de lecture plus difficile. Notons aussi sur les murs de la nef quelques pièces de stalles du XVIIe siècle attribuées aux Tournier de Gourdon avec une riche décoration dont un splendide « Judith et Holopherne ».
Il aurait été parfait de terminer ce parcours par la visite de la très belle église Sainte-Marie d’Aubiac mais l’heure tardive et le temps de plus en plus menaçant nous contraignaient à un retour vers Cahors par la rive sud de la Garonne, à travers les riches vergers de sa vallée.
Ce compte-rendu s’achèvera par les sincères remerciements que nous devons à nos guides dévoués et compétents ainsi qu’à nos confrères de la Société de l’Agenais et tout particulièrement à son président, M. de Flaujac, qui a bien voulu intervenir auprès des municipalités et offices de tourisme pour que nous soit réservé le meilleur accueil.

Patrice FOISSAC



Histoire des collèges de Cahors et Toulouse (XIVe - XVe siècle)
Patrice Foissac
Préface de Jacques Verger.

Professeur d’Histoire médiévale à l’université de Paris IV, professeur à l’École normale supérieure,
directeur d’études à l’École pratique des Hautes Études, il est reconnu comme le grand spécialiste de l’histoire des universités au Moyen Âge.

 

Histoire des collèges de Cahors et Toulouse (XIVe-XVe siècle)

Le mot « collège » ne doit pas tromper. Il s’agit ici de collèges universitaires médiévaux dont l’importance dans l’histoire de France a été considérable : ces établissements s’inséraient dans un mouvement européen qui souhaitait permettre à de « pauvres clercs » d’étudier en leur offrant le gîte et le couvert.

Grâce à une impulsion décisive donnée par le pape d’Avignon Innocent VI et plusieurs dignitaires de la Curie, leur succès fut net dès le milieu du XIVe siècle. Le mouvement de création de collèges se poursuivit avec succès durant le XVe siècle et ils finirent par regrouper un nombre non négligeable d’étudiants.

Dotés de statuts, d’une maison, de rentes et de bénéfices destinés à assurer des bourses, d’un encadrement spirituel avec bibliothèque et chapelle, ils eurent en commun d’évoluer vers une relative autonomie : la communauté recrutait ses condisciples et élisait en son sein un responsable de la discipline et de la gestion. Les boursiers devaient supporter un long séjour et une sévère discipline mais les sacrifices consentis ne furent pas inutiles : l’examen des carrières montre que les collèges de juristes des universités de Cahors et Toulouse ont bien produit une élite au service de l’Église et de l’État.

Cette étude extrêmement complète apporte un éclairage inédit sur un aspect essentiel de l’histoire de France et, parallèlement, sur un pan méconnu de l’histoire des idées.

Cliquer ici pour agrandir l'image de la couverture

Patrice Foissac est professeur agrégé d’histoire-géographie au collège Léon Gambetta de Cahors (46)
et Docteur en Histoire médiévale.


La Louve Éditions, BP 225, 46004 CAHORS cedex -  www.lalouve-editions.fr
Collection L’Histoire - 14 x 22 cm, 608 pages, broché, illustrations noir & blanc - ISBN 978-2-916488-35-6, 32,00 euros

 

SÉANCE PUBLIQUE
DU 6 DÉCEMBRE 2009

Les villes du Quercy pendant la guerre de Cent Ans

Les lecteurs du Bulletin de la Société des Études du Lot connaissent bien Nicolas Savy qui, au sein de notre compagnie, maintient une tradition originale, celle du passage de la carrière des armes à l’histoire médiévale, illustrée par les travaux de MM. D’Alauzier et Lartigaut.

Le thème choisi pour cette conférence est issu d’une thèse soutenue devant l’Université de Besançon qui porte plus précisément sur l’attitude des villes du Quercy, de leur administration consulaire et de leurs habitants face à un conflit certes connu de tous dans ses dimensions nationales mais bien moins dans ses péripéties et conséquences locales.

Le conférencier pose dans un premier temps les jalons indispensables à une meilleure connaissance du sujet, en particulier les origines du conflit en insistant sur la dimension territoriale plus que la traditionnelle querelle dynastique. Il aborde ensuite le problème des sources en illustrant les difficultés de lecture et de traduction de ces documents pour la plupart rédigés en occitan médiéval et non en latin.

Vient ensuite le moment de détruire quelques idées reçues : l’absence de guerre de conquête, celle de grandes batailles ou autres chevauchées épiques, les forces en présence étant le plus souvent réduites à quelques dizaines de combattants. Les adversaires, les bandes anglo-gasconnes, peu nombreuses mais bien structurées, sont issues de l’Aquitaine toute proche et parfois rejointes par des seigneurs locaux en quête de pillages. On l’aura compris, les opérations militaires sont limitées, hors quelques épisodes spectaculaires comme la prise de Figeac en 1371, mais la présence quasi-constante de ces compagnies pèse fortement sur l’économie et la société locale.

C’est là le coeur du problème et le conférencier va s’attacher à décrire la situation vécue par les villes et leur population, y compris dans des aspects psychologiques jusque là négligés.

Avec, tout d’abord, l’urgence absolue de la fortification. La longue période de paix du XIIIe siècle avait multiplié les faubourgs et ruiné les anciennes murailles ; il faut donc mobiliser main-d’oeuvre et finances pour les restaurer, sans oublier l’indispensable expropriation de ceux qui avaient bâti sur les glacis. Le public peut apprécier par de nouvelles images l’ampleur des travaux menés, en particulier à Cahors.

L’organisation de la défense implique, bien entendu, la mobilisation de la population locale en l’absence de secours des troupes royales, rarement offert à la défense des villes. Il y a peu de risques de subir un siège en règle mais la crainte des coups de main va obliger les consulats à organiser un service de guet de jour et de nuit assez complexe qui épuise les citadins. Le grand mérite du conférencier est alors d’insister sur le stress permanent et les pertes économiques qu’engendrent ces longues périodes de garde qu’un tableau de synthèse vient opportunément présenter.

Les villes du Quercy en guerre sont aussi amenées à s’intéresser de très près à leur environnement proche, leur pays, mais aussi plus lointain, les autres cités. On voit donc se développer un réseau de correspondances animé par des délégations diverses, l’entretien d’un véritable système de courriers, d’espions même. On se prévient des

mouvements de l’ennemi, des possibles coups de main, des prises de châteaux. Parfois cette solidarité se rétracte et les villes tentent de conclure avec les compagnies de biens fragiles traités, les « suffertes » ou « pâtis » sans cesse renouvelés et violés.

On pourrait évoquer bien d’autres problèmes abordés avec justesse et passion par l’auteur : la militarisation de la société, la logistique, le rôle des femmes, les pertes, le dépeuplement...

La discussion ouverte à un public venu nombreux suscite beaucoup de questions sur ces derniers aspects ; le rôle de la noblesse ou celui du clergé sont aussi évoqués ainsi que le poids de la fiscalité. La conférence de ce 6 décembre coïncidant heureusement avec la parution de la synthèse de tous ses travaux, nous renvoyons les lecteurs intéressés à l’ouvrage de Nicolas Savy dont les références seront publiées dans un prochain Bulletin et mises en ligne sur le site de la Société.

Format : 21 x 29,7 cm - 480 pages - 33 cartes et plans,
38 tableaux, 20 graphiques et plus de 40 illustrations
Editions Savy AE, les Usclades, Flottes, 46090 Pradines

Disponible dans les librairies du Lot au prix de 40 Euros

Nicolas SAVY

Les villes du Quercy en guerre
La défense des villes
et des bourgs du Haut-Quercy
pendant la guerre de Cent Ans

Crécy, Poitiers, Azincourt… Derrière les noms des grandes batailles, on oublie souvent que la guerre de Cent Ans ne fut pas seulement l’affaire des rois, des princes et des soldats. En effet, dans les provinces proches de l’Aquitaine anglaise, comme le Quercy, les habitants furent quotidiennement confrontés aux compagnies de routiers qui agissaient sous l’ombre du roi d’Angleterre. Forte de 50 à 80 hommes chacune, elles se fortifièrent ici et là, dans des châteaux, des églises ou des villages fortifiés et soumirent la région à une pression militaire constante… Face à elles, le rôle défensif que tinrent les centres urbains fut primordial.
Une ville ou un bourg, c’était quelques centaines ou milliers de citadins, un espace de vie et des activités économiques débordant largement le périmètre bâti à protéger : la défense à mettre en œuvre était complexe et, sur le long terme, ne pouvait se faire avec les seuls moyens militaires. Cette tâche délicate revint aux consulats, ces municipalités bourgeoises qui avaient en main les rênes de leurs communautés : ils ne négligèrent aucun domaine, de la fortification à l’armement, en passant par la défense économique et la résolution des problèmes sociaux et sanitaires.
Alors que le pouvoir des Valois était ébranlé jusque dans ses fondements et que les cadres de la vie rurale se disloquaient sous les coups de boutoirs anglais, les villes et les bourgs restèrent dans la province les plus sûrs appuis de l’autorité royale et d’incontestables îlots de stabilité.
Les municipalités quercinoises du bas Moyen Age nous ont légué d’importantes archives où se côtoient des dizaines de registres de comptes et de délibérations, des centaines d’actes notariés et d’imposantes correspondances. Nicolas Savy les a parcouru, déchiffré et exploité durant plusieurs années et à présenté une synthèse de ses recherches dans sa thèse de doctorat en histoire. Cet ouvrage en est directement issu.



Visite de la Société des Etudes du Lot au château de Géniès

6 août 2009

Pour cette sortie estivale la Société des Études du Lot avait choisi de revenir sur le site de Géniès, cent ans après la parution dans le Bulletin en 1909 de l'article signé par l’Abbé Foissac sur la Généalogie de la famille de Géniès.

C’est précisément en s’appuyant sur cette généalogie et sur les Monographies paroissiales du Chanoine Albe que la visite a débuté, en l’axant, non plus sur la seule famille de Géniès, mais au-delà, sur un lieu, « la borie de Géniès » (mentionnée dés 1340), qui se dresse encore fièrement aujourd'hui dans une boucle de la vallée du Célé,

Patrimoine inscrit à l’ISMH en 1995, le château de Géniès a pour particularité d’être planté sur un rocher qui n’a permis aucune extension intempestive mais seuls des élévations, arasements ou percements à l’intérieur d’un périmètre délimité depuis l’origine. Autre élément de traçabilité, il n’a fait l’objet que de trois ventes, la dernière remonte à 1749 et la maison est toujours habitée par leurs descendants.

Cette pérennité s’inscrit dans des contextes historiques et économiques qui ont évolué au long des siècles et la maison de Géniès a tant bien que mal tenté de s’adapter aux nouvelles fonctionnalités au cours de trois périodes.

Tout d'abord, l’ère militaire XIV-XVIème, où Géniès s'est illustrée en tant que place forte durant la guerre de Cent ans, puis comme un bastion protestant. Cette vocation défensive s'achève avec la prise de la place en 1573, sa destruction partielle, la mort du seigneur de Géniès et une première vente.

L’ère militaire est terminée, mais de cette première fonction, la maison de  Géniès garde sa situation défensive, campée sur son rocher, entourée de courtines et d’un chemin de ronde en surplomb du Célé, sa tour ronde précédée d’une échauguette, des corbeaux de soutènement oubliés, la trace d’anciennes fenêtres hautes. Dans la partie nord, on retrouve encore : des meurtrières, des latrines, quelques ouvertures et deux tours carrées englobées maintenant sous un seul toit mais qui ont gardé leur charpente et encadraient vraisemblablement l’entrée de la basse-cour.

Sortie de la période médièvale, Géniès est alors transformé au goût du XVIIIème , en maison de maître entourée d'un domaine rural géré d'abord en direct par les propriétaires, puis donné en bail à rente et finalement vendu au notaire royal de Sauliac en 1749. La Révolution clôt cette période prospère, favorable à la naissance d'une bourgeoisie rurale.

Un premier " toilettage"  extérieur a sans doute consisté à percer un portail dans le mur d’enceinte permettant d’accéder directement à la basse-cour,  à araser ou reboucher les éléments saillants de la face nord (corbeaux, appuis de fenêtres, meurtrières…), à couronner une partie du chemin de ronde en surplomb du Célé d’une balustrade de pierre, à surbaisser la courtine  et l’échauguette ouest.

Pour parachever l'habitabilité de l'endroit, il fallait percer de nouvelles ouvertures et surtout, créer un escalier monumental ouvrant en terrasse sur le Célé pour desservir les étages. Pour donner son unité au nouvel ensemble, il restait à coiffer le quadrilatère ainsi constitué d’un toit à la Mansard.

Avec le XIXéme siècle s'amorce lentement des temps difficiles malgré une forte volonté d'adaptation et d'innovation. La crise du phylloxéra, les tribulations de l'Histoire, la dépopulation des campagnes, achèveront de ruiner cet équilibre fragile.

A l'occasion des mariages et de promesses de dot, pas toujours honorées, des aménagements de confort sont réalisés dans les chambres : alcôves, cabinet de toilette (au sens premier du terme), nouvelles huisseries… De nouveau bâtiments agricoles sont construits aux abords du château : cave à vin, porcherie, four.

La maison parviendra-t-elle à retrouver une nouvelle fonction pour traverser le XXIéme siècle? Nous espérons qu'une fois de plus ce site "remarquable" saura susciter des passions créatrices.

Béatrice BYÉ

NDLR - Bibliographie :

Adrien Foissac ; Généalogie de la famille de Géniès. Bulletin de la Société des Etudes du Lot: tome 28, Cahors 1909. Edmond Albe ; Monographie des paroisses de la région Vers, Lot, Célé. (Transcription Paulette Aupoix et François Petitjean) ; Archives Diocésaines, Cahors 1998, 332 p.
Livre de main des Du Pouget 1522-1598. Publié par Louis Greil, BSEL 1895-1896 et Cahors, imprimerie Laytou 1897, 146 p
Valérie Rousset ; Le castrum de Larnagol, BSEL, T. CXXIII, Cahors 2002, pp. 97-134. Voir aussi le portail du Patrimoine du Lot sur internet.
Jean Héreil ;  Le vieux Sauliac ou l’abandon d’un site ; chez l’auteur, Sauliac 2008

 

 

Visite du Vieux Sauliac

Visiter le site du Vieux Sauliac ce 6 aout demandait une détermination sans faille en raison de la température ambiante. Raison de plus pour le guide de tenter de répondre au mieux à la curiosité les candidats obstinés. Ce site curieusement perché à mi-falaise au couvert d’un rocher protecteur est mentionné dès le 10ème siècle et a gardé la mémoire de la guerre de Cent Ans (château des Anglais et mur dit des Anglais). Là a pris naissance le bourg historique de la commune de Sauliac-sur –Célé, dont il ne reste guère de témoignages jusqu’à la Révolution. Pourquoi a-t-il été abandonné dans la seconde partie du 19ème siècle? L’évolution des temps, bien sûr ! Plus précisément, le site ne convenait plus à la population d’agriculteurs qui l’habitait. Par ailleurs le chemin de grande circulation (actuelle D 41) ouvert dans la vallée du Célé en 1863 rendit aussitôt obsolète l’ancien chemin  du bourg conduisant à Cabrerets ou à Cahors, et même à Lauzès. J’ajoute qu’à l’intérêt historique dont témoignent encore quelques belles ruines, se joint la beauté du site et je ne puis qu’inviter les membres de la Société à revenir en ces lieux.

Jean Héreil