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« LA "SAINTE-COIFFE"

« LA "SAINTE-COIFFE" OU "SAINT-SUAIRE DE CAHORS" :

CE QUE L’ON EN DIT ET CE QUE L’ON SAIT »

Patrice Foissac

                   Initialement cette séance devait être confiée à notre sociétaire Geneviève Dreyfus-Armand qui a sollicité un report de sa communication. C’est pour suppléer cette absence et parce que la SEL a été de nombreuses fois sollicitée par des institutions et ses adhérents que P. Foissac a proposé de communiquer sur l’événement des « 900 ans de la cathédrale » et de la présence à Cahors, dans le trésor de la cathédrale, de la relique baptisée « Sainte-Coiffe ». En effet, comme cela survient fréquemment lors des commémorations qui ne sont pas à leur initiative, les historiens sont souvent sollicités pour apporter leur contribution à l’événement. Un colloque scientifique sur le sujet a donc été proposé par la DRAC à l’automne (18-19 septembre), mais, là encore, l’impatience médiatique et populaire a produit assez vite un nombre important de publications entachées d’erreurs ou d’exagérations manifestes et qui ne pouvaient rester sans réponse. L’intention du conférencier est donc de tenter de déterminer ce qui, dans les deux événements liés, repose sur des faits avérés ou relève de la tradition, voire de la légende. La première partie de l’exposé aborde la question de la venue à Cahors, en juillet 1119, du pape Calixte II et, documents à l’appui,  montre comment cette venue reste très incertaine mais vraisemblable. Beaucoup plus problématique est la consécration de l’autel de la Sainte-Coiffe et sa présence à cette époque dans la cathédrale. La seule « preuve » repose sur un témoignage tardif (1634) du chanoine François de Roaldès qui aurait déchiffré la mention de cette consécration sur l’autel lui-même alors au château de Cénevières. Témoignage plus que douteux puisqu’outre la disparition de l’autel et du procès-verbal de la découverte, les épigraphistes jugent le relevé de l’inscription invraisemblable. De cette présence improbable à 1408, la relique disparaît totalement des sources existantes. Il n’y en avait pas plus de traces au moment où les premiers historiens du Quercy (Dominici, Malleville, Salvat, Fouilhac, etc.) cherchent à fonder la tradition de sa présence précoce. Chaque génération d’historiens locaux va dès lors s’appuyer sur la précédente tout en n’hésitant pas à enrichir la tradition de détails plus ou moins fantaisistes. Mais, plus surprenant encore, de sa présence attestée en 1408 jusqu’à son miraculeux sauvetage lors de la prise de Cahors par les protestants en 1580, le culte de la relique reste extrêmement discret. Ce n’est qu’à partir de l’extrême fin du XVIe siècle et aux siècles suivants que ce culte se développe sous forme d’ostensions et processions. L’historien, rappelle P. Foissac, doit avant tout s’intéresser au contexte religieux mais aussi politique, économique et social de l’apparition avérée de la relique, ici la très grave crise des XIVe et XVsiècles au cœur de la guerre de Cent Ans, du Grand schisme d’Occident et de la Grande peste, laissant aux fidèles et à l’Église les débats théologiques et le sens à donner à cette relique.

On retrouvera dans le BSEL à paraître début avril l’intégralité de la communication de P. Foissac.

Sainte Coiffe

  

67 personnes assistaient à la séance...